Je soupçonne mon enfant d’être allergique à un aliment, mais impossible de consulter un spécialiste en ce moment. Que puis-je faire ?

Je soupçonne mon enfant d’être allergique à un aliment, mais impossible de consulter un spécialiste en ce moment. Que puis-je faire ?

Depuis quelques semaines, les établissements de santé ont été restructurés afin de répondre à l’urgence de la COVID-19. Plusieurs services ont été transférés vers la téléconsultation afin de respecter les mesures de distanciation sociale dans la communauté. D’autres ont tout simplement été reportées ou temporairement suspendues*.

Si vous êtes le parent d’un nourrisson ou d’un jeune enfant et que vous soupçonnez chez lui une allergie alimentaire, vous vous butez probablement à la difficulté de consulter un spécialiste et à l’impossibilité d’obtenir un diagnostic médical. Nous sommes conscients que cette situation n’est pas idéale. Voici quelques pistes d’informations sur les allergies alimentaires pour vous aider à y voir plus clair.

*Notez qu’actuellement, les CLSC continuent d’offrir les services habituels à la population. Ces services ont cependant été redistribués sur le territoire du CISSS ou du CIUSSS auquel le CLSC de votre région est rattaché. Pour savoir comment et où avoir accès à un service précis, contacter le 8-1-1. Une infirmière pourra alors vous rediriger au bon endroit.

  1. Quels sont les facteurs de risque associés au développement d’une allergie alimentaire ?

Encore aujourd’hui, il est impossible de prédire quels enfants vivront avec des allergies alimentaires. On a cependant identifié plusieurs facteurs qui, lorsqu’ils sont présents chez l’enfant, augmentent le risque de développer une allergie. Parmi ces facteurs de risque, on retrouve (liste non exhaustive) :

  • Les facteurs génétiques — un enfant aura un risque plus grand de développer une allergie si son parent, son frère ou sa sœur vit avec des allergies alimentaires ou avec une autre condition allergique (p. ex., eczéma, asthme ou rhinite allergique) ;
  • Les facteurs environnementaux — la prise d’antibiotiques en début de vie et la naissance par césarienne pourraient par exemple contribuer à réduire la diversité de la flore intestinale chez le nourrisson et constituer un facteur de risque pour le développement d’une allergie alimentaire (hypothèse hygiénique) ;
  • L’atopie — il s’agit d’un facteur présent chez l’enfant qui le prédispose au développement d’une maladie allergique, soit l’eczéma, l’asthme, la rhinite allergique et le fait de vivre avec une autre allergie alimentaire.

À lire aussi – La marche atopique en survol et Quels sont les facteurs qui influencent la marche atopique ?

  1. Quels sont les symptômes d’une réaction allergique à surveiller chez mon enfant ?

On définit l’allergie alimentaire comme une réaction exagérée du système immunitaire à une protéine alimentaire qui est généralement inoffensive pour la majorité des gens. On distingue deux types d’allergies alimentaires, soit les allergies induites par les IgE et les allergies non induites par les IgE.

Les allergies induites par les IgE

Ce type d’allergie implique la production d’IgE (des molécules du système immunitaire) et entraîne, au contact d’une protéine allergène, une réaction légère ou sévère, menant dans certains cas à l’anaphylaxie**.

La réaction allergique peut se présenter par divers symptômes et toucher un ou plusieurs systèmes du corps, incluant la peau (p. ex., urticaire, démangeaisons, enflure, etc.), les voies respiratoires (p. ex., éternuements, toux persistante, etc.) ou encore le système digestif (p. ex., vomissements, diarrhées, etc.). Chez le nourrisson, les principaux symptômes caractéristiques de l’allergie alimentaire induite par les IgE incluent les vomissements en jet et une urticaire.

Il est impossible de prévoir la sévérité d’une réaction allergique. Si vous soupçonnez une allergie alimentaire chez votre nourrisson ou votre enfant, demeurez à l’affût des symptômes d’une réaction allergique, surtout dans les heures suivant le boire ou le repas.

**La réaction anaphylactique ou anaphylaxie est une réaction allergique généralisée (touchant plusieurs systèmes/organes), souvent imprévisible, qui peut conduire au décès en quelques minutes en l’absence d’une injection d’épinéphrine).

Les allergies non induites par les IgE

Contrairement aux allergies induites par les IgE, ce type d’allergie n’est pas associé à la production d’anticorps et provoque des symptômes qui sont principalement digestifs (p. ex., sang dans les selles, diarrhée, constipation, douleurs abdominales, tortillements, etc.). Le syndrome de l’entérocolite induite par les allergies alimentaires (SEIPA) est une forme d’allergie non induite par les IgE.

Pour plus d’informations sur les réactions allergiques chez les enfants, nous vous invitons à visionner la capsule de notre nutritionniste, Stéphanie Pernice, Dt.P., M.Sc.

  1. Comment introduire les aliments solides si je soupçonne une allergie chez mon enfant ?

Les plus récentes recommandations de la Société canadienne de pédiatrie pour l’introduction des aliments allergènes chez le nourrisson sont les suivantes :

  • L’introduction des aliments solides, incluant les allergènes, devrait se faire vers l’âge de six mois. 
  • Si vous allaitez votre bébé, la pratique devrait être poursuivie le plus longtemps possible, soit au moins jusqu’à l’âge de deux ans, en raison de ses bienfaits immunologiques et développementaux.
  • Introduisez un aliment allergène à la fois, idéalement en début de journée, ce qui vous permettra de surveiller l’apparition éventuelle d’une réaction allergique. Il n’est cependant pas recommandé d’attendre plus de deux à trois jours avant d’introduire un autre aliment. Notez que vous pouvez continuer à donner à votre enfant les aliments déjà introduits et tolérés.
  • Si votre enfant tolère un aliment allergène, continuez de lui en offrir régulièrement, à raison de quelques fois par semaine, afin de lui permettre de maintenir sa tolérance face à cet allergène.

 

La Société canadienne de pédiatrie a également émis des recommandations pour l’introduction spécifique des arachides :

  • Lorsque l’enfant présente un eczéma léger ou modéré, on recommande d’introduire des aliments contenant des arachides vers l’âge de six mois, sous une forme appropriée pour un bébé.
  • Si l’eczéma de l’enfant est sévère ou qu’il a reçu un diagnostic d’allergie aux œufs, il est recommandé d’introduire les arachides entre quatre et six mois. Autant que possible, l’enfant devrait consulter un allergologue pour faire un test d’allergie aux arachides au préalable, pourvu que ce rendez-vous ne retarde pas l’introduction des arachides passé l’âge de six mois.
  • Si l’enfant tolère bien les arachides, il devrait continuer à en consommer régulièrement pour maintenir sa tolérance.

À lire aussi – L’introduction des aliments allergènes chez le nourrisson

Pour vous aider à identifier l’aliment qui pourrait provoquer une réaction allergique chez votre enfant, nous vous proposons ces outils :

 

  1. Que faire en cas de réaction allergique ?

Avant toute chose, il importe de préciser qu’à ce jour, le seul traitement reconnu pour contrer les manifestations d’une réaction allergique est l’auto-injecteur d’épinéphrine.

Voici quelques points à garder en tête si une réaction allergique se déclare chez votre nourrisson ou chez votre enfant :

  • Si la réaction est légère (p. ex., un seul symptôme léger, incluant des vomissements en jet ou une urticaire légère, ou plusieurs symptômes dans un même système du corps) :
    • Cessez de servir l’aliment à votre enfant jusqu’à ce que vous en ayez discuté avec un médecin ou un allergologue (la consultation devrait se faire dès que possible).
    • Observez votre enfant de près pour voir si les symptômes s’intensifient ou si d’autres symptômes apparaissent. N’oubliez pas qu’une réaction allergique peut évoluer rapidement.
  • Si un nouveau symptôme léger apparaît dans un autre système du corps, si la réaction est sévère ou si votre enfant présente des signes d’anaphylaxie (détresse respiratoire ou crise d’urticaire sur tout le corps), un traitement s’impose :
    • Si vous avez en main un auto-injecteur d’épinéphrine, injectez-le immédiatement à votre enfant, puis appelez le 9-1-1 (IMPORTANT : si vous n’avez qu’un auto-injecteur pour adulte en main, vous pouvez l’administrer à votre enfant) ;
    • Si vous n’avez pas accès à un auto-injecteur, appelez le 9-1-1, en prenant soin de mentionner à l’opérateur que vous n’avez pas d’auto-injecteur.
  • Si vous jugez que les manifestations de la réaction allergique pourraient mettre en danger la vie de votre enfant, et ce, peu importe le nombre de symptômes et leur sévérité, n’hésitez pas à composer le 9-1-1.

À lire aussi – L’auto-injecteur selon l’âge de l’enfant et Réaction allergique sévère : Qui peut intervenir ?

 

  1. Comment puis-je éviter les allergènes dans l’alimentation de mon enfant ?

La première étape pour éviter les allergènes dans l’alimentation de votre enfant est d’identifier les aliments à l’origine de la réaction allergique. En temps normal, une consultation avec un allergologue permettra d’établir un diagnostic et d’être dirigé vers les ressources appropriées.

Dans le contexte actuel de la COVID-19, il vous sera peut-être difficile de consulter un allergologue et d’obtenir un diagnostic d’allergie alimentaire. Si vous croyez avoir identifié les allergènes problématiques chez votre enfant, voici quelques informations qui vous aideront à faire des choix éclairés et sécuritaires en attendant de consulter un allergologue et d’obtenir un diagnostic :

Quelques ressources dans l’attente d’un diagnostic

Site Internet d’Allergie Québec Notre site Internet regorge d’informations sur divers aspects des allergies alimentaires.

La trousse Allergies Québec pour patients nouvellement diagnostiqués – Des fiches d’information à imprimer et garder à la portée de la main.

Ligne de soutien d’Allergies Québec – Une nutritionniste spécialisée en allergies alimentaires se fera un plaisir de vous assister et de répondre à vos questions portant sur les allergies alimentaires, et ce, gratuitement. Pour rejoindre la ligne de soutien : 514 990-2575, poste 204.

Ligne Info-Santé (8-1-1) — Si vous cherchez une ressource spécialisée en allergie alimentaire ou voulez être dirigé vers un professionnel de la santé, une infirmière de la ligne Info-Santé vous dirigera vers une ressource appropriée de votre secteur.

 

Par Katia Vermette, rédactrice agréée