Vitamine D et prévention des allergies alimentaires : Où en sommes-nous ?

Vitamine D et allergies alimentaires

Les données tendent à confirmer le rôle préventif de la vitamine D dans le développement des allergies alimentaires. Voici ce que l’on sait en 2021.

On l’appelle la vitamine soleil. Elle est produite naturellement par le corps lorsque les rayons ultraviolets du soleil entrent en contact avec la peau. On la retrouve également dans certains aliments, par exemple les jaunes d’œuf et les poissons gras, mais aussi d’autres produits enrichis comme le lait, le fromage et les préparations pour nourrisson.

On considère la vitamine D comme essentielle au bon fonctionnement de notre corps, et ce, pour plusieurs raisons. Elle aide entre autres l’organisme à utiliser plus facilement le calcium et le phosphore, ce qui favorise la bonne santé des os et des dents. Elle joue aussi un rôle important dans la modulation du système immunitaire et dans le maintien de l’intégrité de la peau.

Mais que sait-on du rôle de la vitamine D dans l’apparition les allergies alimentaires ?

 

La vitamine D pour prévenir le développement des allergies alimentaires

Ce n’est pas d’hier que les chercheurs s’intéressent à la relation qui existe entre le bon fonctionnement du système immunitaire et l’apport en vitamine D. Déjà dans les années 1930, les chercheurs américains Rappaport et ses collègues avaient observé une amélioration des symptômes de l’allergie saisonnière — associée à un dérèglement du système immunitaire — lorsqu’on administrait aux patients un supplément de vitamine D [1].

Depuis, on tend à confirmer le rôle préventif de la vitamine D dans le développement des allergies alimentaires. Voici les bases de cette hypothèse.

Plus on s’éloigne de l’Équateur, plus le risque de développer une allergie alimentaire augmente

Logiquement, plus l’endroit où nous vivons s’approche du Pôle Nord ou du Pôle Sud, moins nous sommes exposés aux rayons UV et moins nous produisons de vitamine D. Cette association a mené les chercheurs à se demander si le fait d’être moins exposé au soleil augmentait notre risque de développer des allergies alimentaires, ce qui semble être le cas.

Une étude menée par des chercheurs australiens a notamment mis en évidence une association entre l’ensoleillement d’une région et le nombre de prescriptions remises à des patients pour un auto-injecteur d’épinéphrine [2]. Selon les données compilées dans l’étude, la prescription d’un auto-injecteur était effectivement plus fréquente dans les régions du sud de l’Australie (plus loin de l’Équateur) que dans les régions plus au nord (plus près de l’Équateur).

De leur côté, des chercheurs américains ont étudié les admissions à l’urgence liées à des réactions allergiques chez les enfants dans les hôpitaux des États-Unis [3]. Les résultats de leur étude montrent un plus grand nombre d’admissions dans les états situés au nord du pays par rapport à ceux du sud.

Pour aller un peu plus loin, mentionnons l’étude d’Allen et de ses collaborateurs [4]. Ces derniers se sont penchés sur l’association entre le taux sanguin de vitamine D et le développement de l’allergie alimentaire. Parmi les quelque 5 000 enfants australiens inclus dans l’étude et sensibilisés* à un allergène alimentaire, ceux qui présentaient une faible concentration sanguine de vitamine D étaient six fois plus susceptibles de développer une allergie qu’une tolérance à un aliment donné. Les chercheurs ont ainsi conclu qu’un taux sanguin suffisant en vitamine D offrait un effet protecteur sur le développement de l’allergie alimentaire. 

*Afin qu’une allergie se développe, la personne doit d’abord être sensibilisée à un allergène donné, c’est-à-dire que son système immunitaire doit être entré en contact avec cet allergène. Lors d’une exposition subséquente à l’allergène, le système immunitaire le reconnaîtra comme un élément étranger au corps et provoquera la libération de médiateurs chimiques (p. ex. histamine, cytokines) à l’origine de la réaction allergique.

Les personnes nées durant l’automne et l’hiver sont plus susceptibles de développer une allergie alimentaire que celles nées au printemps ou en été

Cette hypothèse a été confirmée dans une publication présentant les résultats de plusieurs études menées à travers le monde [5].

En Australie par exemple, chez les enfants sensibilisés à un allergène et présentant un eczéma, le risque de développer une allergie alimentaire à 12 mois était 55 % plus faible lorsque l’enfant était né en été. 

D’autres chercheurs australiens ont observé un taux plus élevé d’allergies alimentaires confirmées chez les enfants nés en automne et en hiver. Leur publication montre également une association entre la naissance des enfants durant ces deux saisons et une augmentation du nombre de prescription pour un auto-injecteur d’épinéphrine et l’utilisation de préparations hypoallergéniques pour nourrissons.

Comment la vitamine D peut-elle prévenir le développement des allergies alimentaires ?

Plusieurs mécanismes sont proposés pour expliquer les conclusions présentées ci-haut.

D’abord, on sait que la vitamine D contribue au maintien de l’intégrité de la peau. De cette manière, une faible concentration sanguine de vitamine D pourrait modifier la perméabilité de la peau et favoriser le passage des allergènes jusqu’aux muqueuses, augmentant ainsi le risque de sensibilisation et le développement d’une allergie [1, 6].

La vitamine D pourrait également affecter le microbiote de l’intestin. On croit en effet qu’une déficience en vitamine D induirait la production de peptides antimicrobiens, ce qui provoquerait un débalancement de la flore intestinale, de la muqueuse de l’intestin et, indirectement, du système immunitaire [7].

Finalement, il a été démontré que la vitamine D participait, d’une part, à la production de plusieurs cellules immunitaires impliquées dans l’allergie alimentaire (p. ex. cytokines, macrophages) et, d’autre part, à l’équilibre de la réponse immunitaire* [1, 6, 8].

À lire aussi : Les probiotiques à la rescousse des personnes allergiques — 2

Il est donc possible qu’une faible concentration de vitamine D chez un individu vienne perturber le bon fonctionnement du système immunitaire et augmente son risque de développer une allergie alimentaire.

* On parle ici d’un déséquilibre des réponses Th1 et Th2. De manière simplifiée, la réponse Th1 vise le développement de l’immunité cellulaire, par exemple par la destruction de cellules infectées par des microbes. De son côté, la réponse Th2 est notamment associée à la production d’IgE. Un déséquilibre Th1/Th2 prédisposerait un individu au développement de maladies allergiques [9].

De quelle quantité de vitamine D a-t-on besoin pour être en santé ?

En théorie, une exposition quotidienne de notre peau aux rayons du soleil devrait suffire à combler nos besoins en vitamine D. Or, ce n’est pas toujours le cas.

D’emblée, notre peau produira plus facilement de la vitamine D pendant l’été que pendant l’hiver. En effet, les rayons UV y sont plus intenses et notre peau est davantage exposée au soleil puisque nos vêtements sont plus courts et plus légers que pendant la saison froide.

En revanche, nous protégeons de plus en plus notre peau contre les effets néfastes des rayons UV. En bloquant ces rayons, les protections solaires diminuent grandement la production de vitamine D par la peau.

Pour toutes ces raisons, Santé Canada recommande désormais une supplémentation en vitamine D qui varie entre 400 UI et 800 UI par jour selon l’âge, et ce, toute l’année durant. Cette dose s’ajoute à celle contenue dans les aliments que vous consommez quotidiennement et à votre exposition au soleil.

Ensemble, ces sources de vitamine D vous aideront à maintenir un taux sanguin suffisant et à assurer la bonne santé de vos os, de vos dents, de votre peau et de votre système immunitaire. Et, qui sait, peut-être vous permettront-elles aussi de prévenir le développement d’une allergie alimentaire !

[1] Mirzakhani H. et coll. (2015). Vitamin D and the development of allergic disease: how important is it? Clinical and Experimental Allergy, 45(1):114-25.
[2] Mullins, R. J. et coll. (2009). Regional variation in epinephrine auto-injector prescriptions in Australia: more evidence for the vitamin D – anaphylaxis hypothesis. Annals of Allergy, Asthma & Immunology, 103(6):448-495.

[3] Camargo C. A. et coll. (2007). Regional differences in EpiPen prescriptions in the United States: the potential role of vitamin D. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 120:131-6.
[4] Allen K et coll. (2013). Vitamin D insufficiency is associated with challenge-proven food allergy in infants. Journal of Allergy Clinical Immunology, 131(4):1109-16.

[5] Martin, P. E. et coll. (2011). Season of birth modifies the risk of food allergy un infants with eczema and food sensitization in HealthNuts: A population-based study. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 127(2):AB33 (supplement).

[6] Ji Hyeon Baek et coll. (2014). The link between serum vitamin D level, sensitization to food allergens, and the severity of atopic dermatitis in infancy. Journal of Pediatrics, 165(4):849-54.
[7] Matsui, T. et coll. (2018). Food allergy is linked to season of birth, sun exposure and vitamin D deficiency. Allergology International, 68:172-177.

[8] Taback S et Simons E. (2007). Anaphylaxis and vitamin D: a role for the sunshine hormone? Journal of Allergy Clinical Immunology, 120(1):128-30.
[9] Okada H et coll. (2010). The « hygiene hypothesis » for autoimmune and allergic diseases: an update. Clinical & Experimental Immunology, 160(1):1-9.

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