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Asthme et allergies alimentaires : un cocktail explosif ?

Asthme et allergies

Les allergies alimentaires et l’asthme sont deux composantes de l’atopie. Les deux conditions coexistent d’ailleurs souvent chez les patientes et les patients. Cela dit, les experts croient qu’elles feraient plus que coexister : l’asthme et les allergies alimentaires seraient aussi interconnectées. Voici ce que l’on sait à l’heure actuelle sur le sujet.

D’abord, quelques mots sur l’asthme

L’asthme est une maladie respiratoire qui se caractérise par une inflammation et une obstruction partielle des bronches. La personne asthmatique se sent essoufflée, sa respiration est sifflante, elle tousse et a une impression de serrement dans sa poitrine. Les symptômes d’asthme peuvent être déclenchés par de nombreux facteurs comme la fumée de tabac, les émotions fortes, la poussière et les produits irritants.

On estime que quelque 800 000 Québécoises et Québécois seraient asthmatiques, dont 200 000 enfants [1]. Ce nombre augmenterait toutefois d’année en année. Les symptômes d’asthme peuvent être maîtrisés en adoptant un mode de vie sain, en évitant les déclencheurs de l’asthme et en s’assurant de prendre sa médication pour l’asthme régulièrement. Une médication d’urgence (bronchodilatateurs) peut aussi être administrée pour soulager les symptômes d’asthme lors d’une crise.

L’asthme est l’une des composantes de l’atopie, avec les allergies alimentaires, la rhinite allergique et la dermatite atopique (eczéma). Les quatre conditions peuvent d’ailleurs s’observer chez une même personne.

L’allergie alimentaire prédisposerait à l’asthme

Selon toute vraisemblance, l’apparition d’une allergie alimentaire dans les premières années de la vie précéderait le développement d’un asthme pendant l’enfance ou à l’âge adulte [2, 3]. Cette séquence correspond à l’hypothèse de la marche atopique : chez les personnes qui présentent une atopie, la dermatite atopique (eczéma) et les allergies alimentaires seraient les premières à se développer, suivies plus tard de l’asthme et de la rhinite allergique [3].

Évidemment, la présence d’une condition atopique chez un individu ne prédit pas à tout coup qu’une allergie alimentaire ou qu’un asthme se manifestera. On croit cependant que le fait de vivre avec des allergies alimentaires augmenterait le risque d’une personne de développer un asthme. Plusieurs études abondent d’ailleurs en ce sens :

  • Une équipe de chercheurs du Children’s Memorial Hospital de Chicago a constaté que les enfants ayant reçu un diagnostic d’allergies alimentaires recevaient plus souvent un diagnostic d’asthme que ceux et celles qui n’étaient pas allergiques [4].
  • Dans une étude américaine, les investigateurs ont remarqué un risque plus élevé de développer un asthme si la personne était allergique aux arachides, au lait ou aux œufs, ou encore si elle était allergique à deux aliments ou plus [5].
  • Une autre équipe du David Hide Asthma and Allergy Research Center au Royaume-Uni a observé une association significative entre la présence d’une allergie aux œufs pendant l’enfance et le risque de développer une maladie respiratoire allergique, dont l’asthme, à l’âge de 4 ans [6].

L’asthme : facteur aggravant de l’anaphylaxie

Parmi les nombreux facteurs aggravant l’anaphylaxie, aussi appelés cofacteurs, on retrouve l’asthme. Ainsi, le risque de souffrir d’une anaphylaxie sévère ou même fatale augmenterait en présence d’asthme, particulièrement lorsque l’asthme n’est pas bien maîtrisé ou encore s’il s’agit d’un asthme sévère [7, 8].

Si vous vivez avec des allergies alimentaires et que vous êtes également asthmatique, assurez-vous d’un bon contrôle de vos symptômes d’asthme, par exemple :

  • en établissant avec votre médecin ou votre pharmacien un plan d’action pour l’asthme ;
  • en identifiant les facteurs qui déclenchent vos symptômes d’asthme ;
  • en vous assurant de prendre votre médication de contrôle de l’asthme régulièrement ;
  • en ayant toujours à portée de main votre auto-injecteur d’épinéphrine en cas d’anaphylaxie et votre médicament de secours pour l’asthme (bronchodilatateur) afin de pouvoir l’utiliser rapidement si des symptômes d’asthme se manifestent (en cas de doute sur la nature des symptômes, toujours considérer qu’il s’agit d’une anaphylaxie – voir la prochaine section pour plus d’informations) ;
  • en consultant votre pharmacien ou votre médecin si vous avez du mal à contrôler vos symptômes d’asthme.

Crise d’asthme ou anaphylaxie ?

Les personnes asthmatiques qui vivent aussi avec des allergies alimentaires peuvent avoir des problèmes à différencier leurs symptômes d’asthme et les manifestations d’une réaction allergique. En effet, la respiration sifflante, la difficulté à respirer et la toux, qui figurent souvent parmi les premiers symptômes de l’anaphylaxie, sont également présents dans l’asthme. Et en situation d’urgence, le temps n’est pas à la réflexion.

Si vous avez soudainement de la difficulté à respirer et que vous n’êtes pas en mesure de déterminer si vos symptômes sont dus à l’asthme ou à une réaction allergique :

  1. Asseyez-vous.
  2. Utilisez votre auto-injecteur d’épinéphrine en premier, puis votre bronchodilatateur par la suite.
  3. Appelez le 9-1-1.

Rappelez-vous : une intervention rapide en cas d’anaphylaxie, mais aussi de crise d’asthme, peut faire une grande différence sur l’issue de la réaction.

Par Katia Vermette

 

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[1] Association pulmonaire du Québec. (n. d.). La gestion de l’asthme. https://poumonquebec.ca/maladie/asthme/la-gestion-de-lasthme.php

 

[2] Emons, J. A. M. et van Wijk, R. G. (2018). Food allergy and: Is there a link? Current Treatment Options in Allergy, 5, 436-444. https://doi.org/10.1007/s40521-018-0185-1  

 

[3] Hill, D. A. et Spergel, J. M. (2018). The atopic march: Critical evidence and clinical relevance. Annals of Allergy, Asthma & Immunology, 120(2), 131-137. https://doi.org/10.1016/j.anai.2017.10.037

 

[4] Schroeder, A., Kumar, R., Pongracic, J. A., Sullivan, C. L., Caruso, D. M., Costello, J., Meyer, K. E., Vucic, Y. Gupta, R., Kim, J. S., Fuleihan, R et Wang, X. (2009). Food allergy is associated with an increased risk of asthma. Clinical & Experimental Allergy, 39(2), 261-270. https://doi.org/10.1111/j.1365-2222.2008.03160.x

[5] Hill, D. A., Grundmeier, R. W., Ram, G. et Spergel, J. M. (2016). The epidemiologic characteristics of healthcare provider-diagnosed eczema, asthma, allergic rhinitis, and food allergy in children: a retrospective cohort study. BMC Pediatrics, 16, 133. https://doi.org/10.1186/s12887-016-0673-z

 

[6] Tariq, S. M., Matthews, S. M., Hakim, E. A. et Arshad, S. H. (2000). Egg allergy in infancy predicts respiratory allergic disease by 4 years of age. Pediatric Allergy and Immunology, 11(3), 162-167. https://doi.org/10.1034/j.1399-3038.2000.00077.x

 

[7] Muraro, A., Roberts, G., Worm, M., Bilò, M. B., Brockow, K., Fernández Rivas, M., Santos, A. F., Zolkipli, Z. Q., Bellou, A., Beyer, K., Bindslev-Jensen, C., Cardona, V., Clark, A. T., Demoly, P., Dubois, A. E., DunnGalvin, A., Eigenmann, P., Halken, S., Harada, L., Lack, G., … EAACI Food Allergy and Anaphylaxis Guidelines Group (2014). Anaphylaxis: Guidelines from the European Academy of Allergy and Clinical Immunology. Allergy, 69(8), 1026–1045. https://doi.org/10.1111/all.12437

 

[8] Grigoletto, V., Badina, L. et Barbi, E. (2020). Poor asthma control remains a risk factor for severe anaphylaxis. The Journal of pediatrics, 224, 186–187. https://doi.org/10.1016/j.jpeds.2020.05.045