Tous égaux face aux allergies alimentaires… vraiment ?

allergies et contexte socioécolomique

Une récente étude montre que l’apparition des allergies alimentaires et leur prise en charge varieraient selon le contexte socioéconomique.

Un enfant né dans une famille à faible revenu est-il plus susceptible de développer une allergie alimentaire qu’un autre né dans un milieu plus aisé ? Et qu’en est-il de celui ou de celle qui fait partie d’une minorité ethnique ? Ou encore qui grandit dans un quartier défavorisé ? Si l’on se fie aux données présentées dans une récente revue de la littérature sur le sujet, il semblerait que la réponse à ces questions soit « oui ». Le contexte socioéconomique et l’origine ethnique influenceraient le développement des allergies alimentaires chez les jeunes. Faut-il s’en inquiéter ?

Certains enfants désavantagés face aux allergies alimentaires

Aux États-Unis, ceux et celles qui sont issus de minorités ethniques ou de familles à faible revenu seraient en effet désavantagés lorsqu’il est question d’allergies alimentaires. C’est du moins ce que conclut une revue de littérature parue en avril 2022 dans le Annals of Allergy, Asthma & Immunology [1]. Voici les principaux constats des auteurs*.

*Les études citées dans la revue de littérature ont toutes été menées aux États-Unis. Même si le contexte américain est quelque peu différent du nôtre au Québec, certaines conclusions présentées dans cet article pourraient nous apporter des pistes de réflexion pour l’avenir.

Le développement des allergies alimentaires influencé par le revenu familial et l’ethnicité

Le revenu des ménages et l’ethnicité joueraient un rôle significatif dans l’apparition des allergies alimentaires chez nos voisins du Sud. Ainsi, les familles ayant un revenu élevé et celles d’origine caucasienne seraient plus susceptibles d’introduire les aliments allergènes tôt dans la vie de leur jeune (avant l’âge de 6 mois ou à 6 mois) que les familles ayant un faible revenu ou issues d’une minorité ethnique. Dans le même ordre d’idées, elles seraient aussi moins nombreuses à retarder l’intégration des allergènes après l’âge de 11 mois.

Une étude canadienne a conclu, quant à elle, qu’au pays, les personnes issues de minorités ethniques ou vivant dans des familles nombreuses sont moins susceptibles de rapporter des allergies alimentaires (probables ou perçues) que les Canadiens d’origine ou issus de famille de plus petite taille [2].

Rappelons que l’introduction des aliments allergènes vers l’âge de six mois constituerait un facteur de protection pour le bébé. Selon la Société canadienne de pédiatrie, cette recommandation contribuerait à prévenir les allergies alimentaires chez les nourrissons à haut risque, notamment celles aux arachides ou aux œufs. On croit en effet qu’en retardant l’intégration d’un allergène chez l’enfant, on augmenterait la probabilité qu’il développe plus tard une allergie à cet aliment [3, 4].

À lire aussi : L’introduction des aliments allergènes chez le nourrisson en 4 questions

Une gestion inégale des allergies alimentaires dans la population pédiatrique

La revue de littérature fait état de disparités importantes dans la gestion des allergies alimentaires en fonction du revenu familial et de l’origine ethnique de l’enfant allergique. En voici quelques exemples.

On a notamment observé que ceux et celles qui vivent dans une famille financièrement aisée sont plus susceptibles d’avoir en main une ordonnance pour un auto-injecteur d’épinéphrine (jusqu’à huit fois plus susceptibles) que les enfants dont le revenu familial est plus faible. On remarque aussi que plus le revenu familial est bas, plus le risque est grand pour un enfant allergique de se retrouver aux urgences en raison de ses allergies alimentaires.

Il est à noter qu’aux États-Unis, l’auto-injecteur d’épinéphrine n’est pas remboursé par tous les régimes d’assurance. Ainsi, les familles qui n’ont pas les moyens financiers de souscrire à une assurance maladie, ou pour qui la police d’assurance ne rembourse pas la médication d’urgence, n’ont d’autre choix que de payer le plein montant de l’ordonnance, lequel peut s’élever à plusieurs centaines de dollars pour un seul auto-injecteur.

Du côté des écoles, on a plus souvent en place des plans d’action et de gestion des allergies alimentaires dans les quartiers aisés que dans les quartiers défavorisés. Il est toutefois intéressant de noter que des politiques « zéro arachide » sont couramment en place dans les écoles ayant une grande proportion d’élèves issus de minorités ethniques ou plus pauvres. Pourtant, la fréquence d’administration d’un auto-injecteur d’épinéphrine dans ces écoles demeure similaire à celle des établissements où aucune politique n’est implantée.  

Réduire les inégalités, un geste à la fois

Il demeure difficile, encore aujourd’hui, d’expliquer les raisons pour lesquelles on observe ces inégalités en matière de développement et de gestion des allergies alimentaires chez les enfants. Il est toutefois possible d’agir pour les réduire.

Dans leur publication, les auteurs proposent plusieurs pistes de solutions pour faciliter la vie des jeunes allergiques et de leur famille, peu importe leur origine ethnique ou leur revenu :

  • Améliorer l’éducation et la sensibilisation des parents, des professionnels de la santé et de la population aux allergies alimentaires ;
  • Améliorer l’accès aux soins de santé spécialisés (p. ex., allergologues) ;
  • Faciliter l’accès des familles aux aliments sans allergènes ;
  • Soutenir la recherche sur les inégalités en matière d’allergies alimentaires.

Nous ne sommes pas tous égaux face aux allergies alimentaires. Mais avec le temps, des efforts et de la recherche, nous renverserons la tendance pour que tous les enfants débutent leur vie sur le même pied d’égalité.

Katia Vermette, réd. a.

[1] Tepler, E. Wong, K. H. et Soffer, G. K. (2022). Health disparities in pediatric food allergy. Annals of Allergy Asthma & Immunology, S1081-1206(22)00363-5. DOI 10.1016/j.anai.2022.04.022

[2] Clarke, A. E., Elliott, S. J., Soller, L. La Vieille, S et Ben-Shoshan, M. (2021). Demographic characteristics associated with food allergy in a Nationwide Canadian Study. Allergy , Asthma & Clinical Immunology 17, 72(2021). DOI 10.1186/s13223-021-00572-z

[3] Koplin, J. J. et coll. (2010). Can early introduction of egg prevent egg allergy in infants? A population-based study. Journal of Allergy and Clinical Allergology, 126(4):807-13. DOI 10.1016/j.jaci.2010.07.028

[4] Greenhawt, M. (2015). The learning early about peanut allergy study: The benefits of early peanut introduction, a new horizon in fighting the food allergy epidemic. Pediatric Clinics of North America, 62(6):1509-21. DOI 10.1016/j.pcl.2015.07.010

 

 

 

 

 

 

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