Quelle quantité d’arachides peut provoquer une réaction allergique ?

quantité d'arachide

Le fait de connaître cette dose pourrait éventuellement faciliter les choix alimentaires de ceux et celles qui vivent avec une allergie à l’arachide.  

L’identification du seuil de tolérance à un allergène a fait l’objet de plusieurs études au cours des dernières décennies. Récemment, une équipe de chercheurs américains a réussi à établir ce seuil pour l’arachide. Une telle découverte pourrait faciliter la vie à une majorité de consommateurs allergiques, comme c’est déjà le cas dans certains pays. Voyons plus en détail de quelle manière !

Le seuil de tolérance à l’arachide maintenant connu ?

On définit le seuil de tolérance comme la plus petite quantité d’un allergène qui, une fois consommée, ne provoque aucune réaction chez la personne allergique. Il s’agit donc de la dose d’un allergène considérée sécuritaire. Pour déterminer ce seuil, les chercheurs utilisent différentes mesures, dont le LOAEL (lowest observed adverse effect level), qui correspond à la dose la plus faible d’un allergène avec laquelle on peut observer les symptômes d’une réaction allergique.

En mai dernier, l’équipe de chercheurs de Lynne T. Haber a réussi à déterminer le seuil de tolérance à l’arachide pour les personnes qui y sont allergiques [2]. L’objectif de leur étude était d’estimer la relation entre la dose d’arachides consommée et l’apparition de symptômes d’allergie chez les participants. Pour ce faire, les chercheurs ont analysé les données découlant des 548 tests de provocation orale conduits en double aveugle* sur 481 individus lors de l’initiation d’une immunothérapie orale ou épicutanée.   

* Une étude en double aveugle signifie que ni le participant ni l’investigateur ne sait quel médicament ou quelle substance est administré, ce qui diminue le risque de biais. Dans le cas d’un test de provocation orale, la personne et l’investigateur ne savent pas si l’allergène se trouve ou non dans l’aliment consommé.

Après plusieurs modélisations mathématiques, mais aussi en tenant compte des différentes variables pouvant influencer le calcul du LOAEL (p. ex. différences entre les individus et entre les sites cliniques), les chercheurs ont établi deux seuils de tolérance distincts. Ainsi, 95 % des participants à l’étude pouvaient consommer sans problème 0,49 mg d’arachide, soit l’équivalent d’un grain de sucre. En poussant plus loin, on observait également que 99 % d’entre eux toléraient une quantité de 0,052 mg d’arachide, soit l’équivalent d’un grain de sel.

Ces résultats s’avèrent certes intéressants, mais que signifient-ils concrètement pour la personne allergique ?

Précisions concernant le seuil de tolérance et le LOAEL

Dans cette étude, on a utilisé le test de provocation orale pour déterminer le LOAEL, qui a par la suite permis d’établir le seuil de tolérance à l’arachide. Notons que dans les études ayant recours au test de provocation orale, une certaine proportion des sujets réagira à la plus petite dose de l’allergène à l’étude [1]. Même si l’on identifie cette dose comme étant le LOAEL pour les besoins de l’étude, il est impossible de savoir si certains participants auraient réagi à des doses plus faibles (ce qui aurait fait en sorte d’abaisser le seuil de tolérance), puisque des doses plus petites n’ont pas été testées.

L’avantage de connaître la quantité d’un allergène qui provoque une réaction allergique

Dans l’étude dont il est question ici, les résultats des chercheurs américains se limitent à l’arachide. Afin d’identifier le seuil de tolérance pour les autres allergènes, il faudrait évidemment reprendre le processus avec chacun d’entre eux. Mais en connaissant la quantité d’un allergène nécessaire pour provoquer des symptômes, les chercheurs espèrent que l’on pourra éventuellement utiliser de manière plus précise les mentions « Peut contenir » sur les aliments. Ainsi, les choix alimentaires des personnes allergiques seraient facilités.

L’idée de recourir au seuil de tolérance à un allergène pour évaluer le risque que pose un aliment n’est pas nouvelle. Depuis quelques années, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont adopté et mis en place le programme VITAL® (Voluntary Incidental Trace Allergen Labelling).

Le programme vise à garantir la vente d’aliments sécuritaires pour les personnes allergiques. Plus précisément, les fabricants d’aliments australiens et néo-zélandais sont désormais en mesure d’utiliser de manière plus rigoureuse la mention « Peut contenir » sur l’étiquetage de leurs produits. Comment ? Ils tiennent compte du seuil de tolérance déterminé pour différents allergènes. Ainsi, en l’absence d’une telle inscription sur un aliment, la grande majorité (99 %) des personnes allergiques peuvent le consommer sans problème.

Évidemment, le programme VITAL® n’est pas parfait, puisqu’il n’inclut pas 100 % des personnes allergiques. Toutefois, ce genre d’initiatives pourrait permettre à certains individus de consommer des aliments qui arborent actuellement la mention « Peut contenir », mais qui seraient pour eux sécuritaires.

Rappelons qu’une étude de l’Université Laval parue en 2020 révélait une possible surutilisation de la mention « Peut contenir » par l’industrie alimentaire. En effet, uniquement 23 % des aliments testés qui portaient la mention « Peut contenir du lait » en contenaient en réalité. Dans le cas de la mention « Peut contenir des œufs », on a détecté l’allergène dans seulement 7 % des aliments testés.

Au Canada, le recours à la mention « Peut contenir » demeure à la discrétion du fabricant. Elle devrait cependant être affichée sur l’emballage des aliments qui présentent un risque avéré de contamination croisée. Pour le moment, la réglementation sur l’étiquetage des allergènes alimentaires ne tient pas compte de l’établissement d’un seuil de tolérance pour chacun d’entre eux. Peut-être que la recherche fera éventuellement changer les choses au cours des prochaines années. Et qui sait… l’identification des seuils de tolérance pourrait éventuellement permettre aux personnes allergiques de mieux gérer le risque de réaction, notamment en ce qui concerne le risque associé aux contaminations croisées dans leur propre cuisine.

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[1] Taylor, S. L., Gendel, S. M., Houben, G. F. et Julien, E. (2009). The key events dose-response framework : A foundation for examining variability in elicitation thresholds for food allergens. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 49(8):729-739. DOI 10.1080/10408390903098707.

[2] Haber, L. T., Reichard, J. F., Henning, A. K., Dawson, P., Chinthrajah, R. S., Sindher, S. B., Long, A., Vincent, M. J., Nadeau, K. C. et Allen, B. C. (2021). Bayesian hierarchical evaluation of dose-response for peanut allergy in clinical trial screening. Food and Chemical Toxicology, 151. DOI 10.1016/j.fct.2021.112125

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