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Changements hormonaux et allergies alimentaires

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Les changements hormonaux dont ceux qui surviennent pendant la grossesse influencent les allergies alimentaires. On vous explique comment.

La grossesse s’avère une étape très spéciale dans la vie d’une femme. Alors que le bébé grandit dans le ventre de sa mère, celle-ci voit son corps se métamorphoser sous l’effet des hormones de grossesse. Or, on croit que ces hormones, bien qu’essentielles au développement du fœtus, pourraient rendre la future mère plus susceptible à l’apparition de certaines maladies allergiques ou en exacerber les symptômes. Qu’en est-il au juste ?

Les allergies alimentaires : une question de sexe ?

C’est un fait : nous ne sommes pas tous égaux face aux allergies alimentaires. D’abord, dans la population, certains individus sont plus susceptibles que d’autres de développer une allergie alimentaire. C’est le cas, par exemple, de ceux qui présentent des facteurs de risque comme l’atopie. Ensuite, chez les personnes allergiques, la présence de cofacteurs augmenterait le risque qu’une réaction allergique survienne et/ou qu’elle soit plus sévère.

Jusque-là, c’est du connu.

De plus en plus de données suggèrent cependant que le sexe d’une personne influencerait le développement et la sévérité des maladies allergiques, dont les allergies alimentaires. En effet, alors que les garçons seraient plus nombreux que les filles à recevoir un diagnostic d’allergies à un aliment, la tendance s’inverserait à l’adolescence et à l’âge adulte [1]. En vieillissant, les femmes seraient plus nombreuses à vivre avec des allergies alimentaires que les hommes.

Les hormones au banc des accusés

Selon les scientifiques, les hormones figureraient parmi les responsables de la plus grande susceptibilité des femmes aux maladies allergiques. Ces hormones, ce sont en grande partie les œstrogènes. Elles créeraient un déséquilibre de la réponse immunitaire chez la femme qui pourrait éventuellement favoriser la production des anticorps de type IgE contre les allergènes. Ce faisant, la femme serait donc plus susceptible de développer une maladie allergique. 

 

Au contraire, l’homme serait en quelque sorte protégé par ses hormones. La testostérone qu’il fabrique aurait plutôt tendance à inhiber dans une certaine mesure la fonction immunitaire face aux allergènes [2] (voir encadré pour plus de détails).

L’équilibre hormonal, plus en détail

Lorsque le système immunitaire se développe, on observe un équilibre des réponses Th1 et Th2*, ce qui assure son efficacité optimale. Si la réponse Th2 devient trop importante, la personne présente alors un risque plus grand de développer une allergie alimentaire. Or, on croit que la production d’œstrogènes chez la femme favoriserait un déséquilibre des réponses Th1 et Th2 [2]. La réponse Th2 prendrait ainsi plus de place et la femme serait plus susceptible de devenir allergique. Au contraire, la testostérone produite chez l’homme avantagerait la réponse Th1, réduisant ainsi son risque de développer une allergie.

*La réponse Th1 est produite lorsque le corps fait face à une infection. Elle donne au système immunitaire la capacité de détruire les cellules infectées par un microbe. La réponse Th2, de son côté, permet notamment de produire les anticorps de type IgE.   

Les changements hormonaux, la grossesse et les allergies alimentaires 

On sait aujourd’hui que les changements hormonaux peuvent avoir de nombreuses répercussions chez les femmes. À l’approche des règles, par exemple, celles qui souffrent de dermatite atopique (ou eczéma) voient souvent leurs symptômes augmenter [1]. On constate aussi une exacerbation des symptômes chez les femmes asthmatiques pendant la phase prémenstruelle [1].

La grossesse constitue également une période d’importants changements hormonaux. Ainsi, les taux d’œstrogènes grimpent en flèches chez la femme enceinte afin de permettre au bébé de grandir et au corps de la future maman de s’ajuster à ce changement. Les scientifiques ont notamment observé que les taux élevés d’œstrogènes augmenteraient les symptômes de dermatite atopique pendant la grossesse.

Les œstrogènes agiraient aussi comme un cofacteur de l’anaphylaxie en amplifiant le risque qu’une réaction allergique survienne au contact d’un allergène et/ou que cette réaction soit plus grave [1]. De plus, on pense que ces hormones favoriseraient la libération de médiateurs chimiques à l’origine des réactions allergiques (p. ex. l’histamine).

Bref, la hausse de la production des œstrogènes chez la femme enceinte pourrait la rendre plus susceptible de développer une allergie alimentaire ou, si elle est déjà allergique, augmenter son risque de réaction allergique et/ou la sévérité de ses symptômes. L’hypothèse devra prochainement être étudiée plus en détail par les scientifiques.

Par Katia Vermette

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1] Jensen-Jarolim, E. et Untersmayr, E. (2008). Gender-medicine aspects in allergology. Allergy, 63(5), 610–615. https://doi.org/10.1111/j.1398-9995.2008.01645.x

[2] De Martinis, M., Sirufo, M. M., Suppa, M., Di Silvestre, D. et Ginaldi, L. (2020). Sex and gender aspects for patient stratification in allergy prevention and treatment. International journal of molecular sciences, 21(4), 1535. https://doi.org/10.3390/ijms21041535