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Notre degré de vulnérabilité au virus de la Covid-19 serait-il influencé par notre sensibilité aux aliments?

coronavirus et allergies

Les résultats d’une étude publiée cet automne font en sorte que la question mérite d’être posée.

Dans le cadre de leur étude, des chercheurs américains ont émis l’hypothèse que les anticorps produits contre le SARS-CoV-2, le virus à l’origine de la COVID-19, pouvaient aussi reconnaître certains aliments, mais aussi d’autres virus et bactéries, et vice-versa. Il s’ensuivrait une réaction croisée qui, expliquerait en partie pourquoi certaines personnes sont plus ou moins malades que d’autres lorsqu’elles contractent le virus de la COVID-19.

Pour valider leur hypothèse, les chercheurs ont voulu vérifier si certains anticorps produits contre le SARS-CoV-2 (des IgG) réagissaient avec des aliments et d’autres microbes. Ils ont par la suite analysé ces structures pour voir si certaines parties étaient partagées entre le virus de la COVID-19 et les autres substances. Leurs résultats ont été publiés en septembre 2022 dans la revue Frontiers in Immunologie. Voici ce qu’ils ont observé.

De bons côtés à la réaction croisée

Faisons un bref retour sur la réaction croisée avant d’entrer dans le vif du sujet. Lorsqu’une telle réaction survient, les anticorps de la personne allergique peuvent non seulement reconnaître l’allergène problématique, mais aussi d’autres aliments ou des pollens qui ont une structure semblable, et y répondre.

Si on regarde la situation plus largement, la réaction croisée a parfois de bons côtés. En effet, une fois immunisé contre un microbe (par la vaccination ou après une infection), l’organisme se rappelle la maladie. Cette mémoire immunitaire permet de produire une réponse rapide et puissante si la personne est à nouveau exposée au même microbe. Mais cette mémoire peut aussi la protéger contre d’autres microbes dont une partie de la structure est similaire et donc reconnue par les anticorps.

Des études ont par exemple démontré que le virus SARS-CoV-2 pouvait être reconnu par les cellules du système immunitaire de personnes n’ayant jamais eu la COVID-19, mais ayant contracté dans le passé certains coronavirus causant le rhume [1]. C’est ce qu’on appelle la protection croisée.

Des structures similaires entre le virus de la COVID-19 et plusieurs aliments

Dans leur étude, Aristo Vojdani et son équipe ont observé que certains anticorps produits contre le SARS-COV-2 (des IgG) réagissaient aussi avec d’autres microbes et des aliments.

Mais de quels aliments et microbes parle-t-on ?

Les chercheurs ont évalué en laboratoire la réaction croisée entre certains anticorps du SARS-CoV-2 et plusieurs molécules, dont 15 virus et bactéries, et 180 aliments. Deux vaccins ont également été testés, soit le vaccin BCG contre la tuberculose et le DTaP contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

Évidemment, les anticorps du SARS-CoV-2 testés lors de l’étude n’ont pas réagi au contact de toutes les molécules examinées. Mais certaines ont montré un taux de réactivité plus important que d’autres. C’est le cas, par exemple, pour le vaccin DTaP, la bactérie Enterococus faecalis (une bonne bactérie naturellement présente dans notre flore intestinale), et 28 aliments dont le soya, le lait, l’amande grillée, la lentille et le brocoli.

Les chercheurs ont aussi observé que les anticorps (toujours des IgG) dirigés vers différents microbes et aliments réagissaient aussi avec le virus du SARS-CoV-2. Ces réactions croisées pourraient donc exercer une influence sur la réponse immunitaire au SARS-CoV-2… ou pas.

Pour répondre à leur hypothèse de départ, l’équipe a ensuite regardé la similarité entre les structures du SARS-CoV-2 et celle des molécules testées. Ils ont découvert que le degré de similitude se situait entre 50 % et 100 % lorsqu’ils comparaient certaines parties du virus de la COVID-19 avec celles d’autres virus et aliments, dont les amandes, le lait et les lentilles.

Préparer l’organisme à résister à la COVID-19

Selon les auteurs de l’étude, la réactivité croisée et les similarités de structures que l’on peut observer entre le SARS-CoV-2 et d’autres microbes, vaccins ou aliments pourraient influencer la sensibilité d’une personne à la COVID-19. Elles pourraient effectivement expliquer, en partie du moins, pourquoi un certain pourcentage de la population présente peu ou pas de symptômes quand ils contractent la COVID-19 alors que d’autres sont gravement atteints. Les chercheurs ont d’ailleurs émis quelques hypothèses en ce sens :

  • La protection croisée induite par le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, administré aux jeunes enfants, pourrait les protéger contre la COVID-19 et les rendre moins susceptibles de développer la maladie.
  • La production d’anticorps contre des microbes et des aliments pourrait expliquer la forte variabilité dans la sévérité de l’infection à la COVID-19 dans la population.
  • La possible protection contre la COVID-19 serait associée à une combinaison de réponses immunitaires à plusieurs molécules (différents microbes et aliments), plutôt que d’une seule réponse immunitaire (à un seul aliment par exemple).

Des résultats intéressants, mais insuffisants

Les résultats de cette étude semblent prometteurs. Rappelons toutefois que les expérimentations ont été menées en laboratoire, dans des conditions contrôlées, et qu’un seul type d’anticorps a été utilisé pour les tests (des IgG). Il est donc difficile de prévoir quel sera l’impact réel des éventuelles réactions croisées sur l’organisme, notamment pour la personne allergique. Plus de recherches sont nécessaires pour le savoir.

D’ici à ce que des réponses plus claires soient disponibles, l’application des gestes barrière (lavage des mains, port du masque, hygiène respiratoire, etc.) s’impose toujours. Ceux-ci constituent, encore aujourd’hui, la meilleure manière de se protéger de la COVID-19.

Par Katia Vermette

[1] Mateus, J., Grifoni, A., Tarke, A. Sidney, J. et coll. (2020). Selective and cross-reactive SARS-CoV-2 T cell epitopes in unexposed humans. Science, 370(6512):89-94. DOI 10.1126/science.abd3871

[2] Vojdani, A. Vojdani, E. Melgar, A. L. et Redd, J. (2022). Reaction of SARS-CoV-2 antibodies with other pathogens, vaccines, and food antigens. Frontiers in Immunology, 13:1003094. DOI 10.3389/fimmu.2022.1003094