Le point sur l’allergie à la viande

Allergie à la viande

Source incontestée de protéines, la viande fait partie intégrante de l’alimentation de plusieurs d’entre nous. Or, au cours des dernières années, on a rapporté de nombreux cas d’allergie à la viande dans la littérature. Une mystérieuse « épidémie » d’allergie à la viande rouge se répandrait même dans certaines régions du monde. Qu’en est-il au juste ?

L’allergie à la viande documentée

Une allergie alimentaire se veut, par définition, « une réaction excessive, voire exagérée, du système immunitaire au contact de la protéine d’un aliment, normalement inoffensive pour la majorité des personnes ». Puisqu’elle contient des protéines, la viande peut donc, en théorie, être associée à une allergie alimentaire. D’ailleurs, historiquement, on fait état de plusieurs cas d’allergie à la viande dans la littérature [1]. Le plus souvent, il s’agit d’une allergie à la viande rouge comme le bœuf et le porc. Il existe aussi des cas d’allergie à d’autres viandes comme le poulet et le kangourou. Mais dans le cadre de cet article, trois types d’allergies à la viande ont attiré notre attention : l’allergie au bœuf, le syndrome porc-chat et le syndrome α-gal.

L’allergie au bœuf induite par les IgE affecte surtout les enfants

L’allergie au bœuf constitue l’allergie à la viande la plus fréquemment diagnostiquée. Elle s’observe surtout chez les bébés et disparaît dans la plupart des cas au cours des premières années de vie. Dès lors, l’allergie au bœuf est relativement rare à l’âge adulte.

Fait intéressant : la plupart des enfants allergiques au bœuf — jusqu’à 93 % d’entre eux dans les études — le sont aussi au lait de vache [2]. Le contraire est cependant moins fréquent. Parmi les jeunes allergiques au lait de vache, environ un à deux sur dix (13 % à 20 %) réagissent également à la viande de bœuf [2].

Note : si votre enfant a reçu un diagnostic d’allergie au lait, il n’est pas nécessaire d’exclure d’emblée le bœuf de son alimentation. 

Comme pour les autres allergies alimentaires induites par les IgE, les manifestations d’une réaction allergique incluent des nausées, des vomissements, de l’urticaire et, dans les cas plus graves, une anaphylaxie. Il semble toutefois que certains procédés de fabrication industriels (p. ex., la lyophilisation) soient capables de diminuer l’allergénicité du bœuf [1,3].

Une allergie croisée à l’origine du syndrome porc-chat

Saviez-vous que certaines personnes allergiques aux chats pouvaient développer une allergie alimentaire à la viande de porc ? Le phénomène, décrit pour la première fois dans les années 1990, s’appelle le syndrome porc-chat.

Chez les individus atteints, l’organisme fabrique des IgE qui reconnaissent à la fois des allergènes présents dans les poils et les squames du chat, et d’autres que l’on retrouve dans la viande de porc. Résultat : lorsque la personne allergique au chat mange du porc, son système immunitaire réplique de manière exagérée et une réaction allergique se produit.

Heureusement, ce ne sont pas toutes les personnes allergiques au chat qui réagiront à la consommation de viande de porc ! On estime qu’il s’agirait de 1 % à 3 % d’entre elles [4]. Par ailleurs, puisque l’allergie au chat se développe surtout pendant l’adolescence ou à l’âge adulte, le syndrome porc-chat s’observe rarement chez les enfants. 

Du côté des manifestations, elles s’apparentent à celles d’une réaction allergique, passant de l’urticaire jusqu’à l’anaphylaxie. Les symptômes de l’allergie n’apparaîtraient pas immédiatement après la consommation de porc, mais plutôt dans l’heure qui suit. Selon toute vraisemblance, le syndrome porc-chat serait durable dans le temps. Certaines personnes atteintes pourraient aussi réagir au bœuf [4].

La protéine allergène du porc en cause dans le syndrome porc-chat, l’albumine, est sensible à la chaleur. Ainsi, le fait de manger du porc bien cuit provoquerait moins de réactions que du porc fumé ou séché.

Syndrome α-gal : une tique au banc des accusés

Depuis 2009, une mystérieuse allergie à la viande rouge touche certaines régions du monde. Les cas, qui ne cessent d’augmenter, seraient dus à une tique, qui rendrait ceux et celles qui sont victimes de sa morsure allergiques à la viande rouge !

Comment cela est-il possible ?

Dans la salive de la tique se trouve un sucre : le α-gal. C’est en mordant son hôte que la tique lui injecte le sucre. Il faut savoir que l’α-gal est présent chez la plupart des mammifères, incluant le bœuf, le porc et l’agneau, mais absent chez l’humain. Donc, au contact de l’α-gal transmis par la tique, certains individus, mais pas tous, développeront des anticorps (IgE) contre le sucre en question. Plus tard, lorsque la personne mangera de la viande rouge qui, rappelons-le, contient de l’α-gal, les anticorps reconnaîtront le sucre, ce qui provoquera une réaction allergique.

Toutefois, contrairement à la réaction typique découlant d’une allergie alimentaire, le syndrome α-gal se manifeste plusieurs heures (jusqu’à 10 heures dans certains cas) après la consommation de viande rouge [5]. Parmi les symptômes observés, on retrouve des crampes abdominales, de la nausée, des vomissements, des difficultés respiratoires, une baisse de la pression artérielle, une enflure des lèvres et de la gorge.

On ne sait pas encore exactement pourquoi le syndrome α-gal se développe chez certaines personnes (enfants et adultes) et pas chez d’autres. On croit cependant que la génétique et la flore intestinale pourraient jouer un rôle dans l’apparition de l’allergie [5]. Les recherches se poursuivent à ce sujet. 

À ce jour, la tique porteuse de l’α-gal a été identifiée dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Australie, l’Italie, l’Allemagne et le Brésil [5]. On a aussi détecté la tique au Canada.

Donc, l’allergie à la viande prend-elle de l’ampleur ? Effectivement, il semble que le syndrome α-gal contribue à alimenter cette impression. Pour le reste, les données demeurent trop peu nombreuses pour que l’on puisse se prononcer.

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[1] Restani, P., Ballabio, C., Tripodi, S. et Fiocchi, A. (2009). Meat allergy. Current Opinion in Allergy & Clinical Immunology, 9(3):265-269. DOI : 10.1097/ACI.0B013E32832AEF3D.

[2] Martelli, A., De Chiara, A., Corvo, M., Restani, P. et Fiocchi, A. (2002). Beef allergy in children with cow’s milk allergy; cow’s milk allergy in children with beef allergy. Annals of Allergy, Asthma & Immunology 89(6 Suppl 1):38-43. doi: 10.1016/s1081-1206(10)62121-7. PMID: 12487203.

[3] Fiocchi, A., Restani, P. et Riva, E. (2000). Beef allergy in children. Nutrition, 16(6):454-457. DOI : 10.1016/s0899-9007(00)00285-9.

[4] Wilson, J. M et Platts-Mills, T. A. E. (2019). Red meat allergy in children and adults. Current Opinion in Allergy & Clinical Immunology, 19(3):229-235. DOI : 10.1097/ACI.0000000000000523.

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