Une allergie aux épices, vraiment?

Les épices figurent parmi les aliments les plus prisés dans le monde. Mais chez certains une allergie aux épices peut bel et bien être à l’origine d’une réaction.

On utilise les épices depuis des milliers d’années en cuisine pour aromatiser et donner de la saveur aux recettes. Mais parce qu’elles sont dérivées de plantes, les épices ont également un potentiel allergène. Elles sont donc susceptibles d’induire une réaction allergique plus ou moins sévère chez la personne sensible.

Voici ce que nous connaissons sur les allergies aux épices.

Statistiques sur les allergies aux épices

Grosso modo, on estime que 2 % des adultes vivant avec des allergies alimentaires seraient allergiques à une ou plusieurs épices [1]. Les femmes seraient deux fois plus susceptibles de développer une telle allergie que les hommes [2].

Selon toute vraisemblance, la sensibilisation à une épice se ferait principalement par inhalation ou par le biais d’un contact direct avec la peau. D’ailleurs, plus une personne est exposée fréquemment à une épice, plus elle risque de développer une allergie à l’une de ses protéines [2]. Pour preuve, on a noté au cours des dernières années plusieurs cas d’allergies aux épices chez des travailleurs qui entraient en contacts répétés avec des aromates. On pense par exemple aux bouchers, aux pâtissiers, aux cuisiniers et aux employés des usines de production d’épices [1,2].

La plupart des cas d’allergie aux épices sont associés à des plantes de la famille des Apiacées, parmi lesquelles on retrouve le céleri, le fenouil, la coriandre et l’aneth. Des allergies au poivre, au chili, à l’ail, à l’oignon, à la muscade et à plusieurs autres épices ont également été rapportées dans la littérature [3].

Saviez-vous que…

Certains chercheurs ont émis l’hypothèse voulant que, dans le système digestif, certaines épices au goût piquant (p. ex. cayenne, poivre, chili) aient la capacité de traverser la paroi intestinale. Ce faisant, ils agiraient comme adjuvant pour certaines protéines allergènes, favorisant ainsi leur transport de l’autre côté de l’intestin… et la sensibilisation de l’individu à cet allergène. Évidemment, des études plus poussées seront nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

Types de réactions avec l’allergie aux épices

On distingue principalement deux types d’allergies aux épices pour lesquelles les manifestations varient en nature et en intensité.

D’abord, les allergies médiées par les IgE, qui provoquent une réaction allergique typique plus ou moins sévère dont les symptômes peuvent inclure une urticaire, des difficultés respiratoires, des symptômes gastro-intestinaux, et même provoquer une anaphylaxie. Le plus souvent, la réaction est causée par l’ingestion de l’épice.

De l’autre côté, on retrouve les allergies non médiées par les IgE. Les manifestations de ce type d’allergie sont surtout locales et cutanées (p. ex. dermatite de contact ou sensibilité au soleil à l’endroit où l’épice a touché la peau) [2].

Le lien avec l’allergie croisée

Les personnes allergiques à une épice vivent souvent aussi avec une allergie au pollen, généralement au bouleau ou à l’armoise. Cette allergie croisée serait liée à la présence, dans la plupart des épices, de protéines allergènes que l’on retrouve aussi dans le pollen. Ces protéines sont de deux familles, soit les profilines et les Bet v 1 [1, 2, 3]. Chez la personne sensibilisée, le contact avec l’une de ces protéines provoque une réponse immunitaire exagérée qui se manifeste par une réaction allergique.

Pour en savoir plus sur les allergies croisées

Quoi faire lorsqu’on a une allergie un épice?

À l’heure actuelle, le seul traitement efficace pour prévenir la survenue d’une réaction allergique est l’évitement des aliments contenant des allergènes. Afin de permettre aux personnes allergiques de faire des choix éclairés à l’épicerie, le Canada a mis en place des normes et des règlements relatifs à l’étiquetage des aliments préemballés. Ainsi, si un aliment contient un ou plusieurs allergènes prioritaires, l’étiquette du produit doit en faire mention.

Mais dans le cas d’une allergie aux épices, la situation n’est pas si simple…

D’abord, puisqu’elles sont utilisées pour rehausser le goût des aliments, les épices figurent dans de nombreux produits préemballés. Or, mis à part la moutarde, les épices ne sont pas considérées comme des allergènes prioritaires. Le fabricant n’est donc pas tenu de nommer dans la liste d’ingrédients les différentes épices contenues dans l’aliment. Et attention! Lorsqu’elles sont listées, les épices sont souvent regroupées et désignées par le terme « épices » et non présentées individuellement, ce qui complique grandement la vie des individus allergiques.

Si vous vivez avec une allergie à une ou plusieurs épices et qu’il vous est difficile d’identifier les aliments sécuritaires pour vous, la meilleure option demeure encore de contacter le fabricant pour obtenir la liste des épices contenues dans le produit. Et, dans le doute, mieux vaut s’abstenir d’acheter — et de consommer — le produit !

Par Katia Vermette, rédactrice agréée

[1] Schöll. I et Jensen-Jarolim, E. (2004). Allergic potency of spices: Hot, medium hot, or very hot. International Archives of Allergy and Immunology, 135:247-261. DOI 10.1159/000081950

[2] Chen, J. Bahna, S. L. (2011). Spice allergy. Annals of Allergy, Asthma & Immunology, 107:191-199. DOI : 10.1016/j.anai.2011.06.020

[3] Gimenez, L. et Zacharisen, M. (2011). Severe pepper allergy in a young child. WMJ, 110(3):138-139.