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Maladies allergiques : et si tout partait de l’intestin ?

intestins et allergies alimentaires

Des chercheurs canadiens ont identifié une cause commune au développement des maladies allergiques.

On dit que ce serait notre deuxième cerveau. La flore intestinale, aussi appelée microbiote, fascine la communauté scientifique depuis longtemps. Et pour cause : il s’agit d’un véritable écosystème à l’intérieur de notre intestin ! Son équilibre est cependant fragile et une perturbation du microbiote peut notamment provoquer des ballonnements, de la diarrhée, ainsi que des symptômes anxieux ou dépressifs. Dans certains cas, un déséquilibre pourrait même mener au développement d’une allergie alimentaire ou d’une autre maladie allergique. Qu’en est-il au juste ?

Une cause commune aux maladies allergiques

Un microbiote diversifié et en bonne santé favorise chez la majorité des enfants le développement d’un système immunitaire efficace (voir encadré). Au contraire, un déséquilibre de la flore intestinale augmente le risque d’apparition d’une allergie alimentaire ou d’une autre maladie allergique.

Or, une équipe de chercheurs canadiens a récemment apporté un nouvel éclairage sur le sujet en identifiant une cause commune à l’eczéma, à la rhinite allergique, à l’asthme et à l’allergie alimentaire : un retard de maturation du microbiote.

Dans leur étude, publiée dans la revue Nature Communications, les auteurs ont observé que tous les enfants qui avaient reçu un diagnostic de maladie allergique, quelle qu’elle soit, présentaient à l’âge d’un an un décalage dans la maturation de leur flore intestinale [1].

Pour en arriver à ces résultats, les chercheurs ont suivi 1 115 enfants issus de la cohorte d’étude CHILD. Ceux-ci ont été divisés en deux groupes selon qu’ils avaient ou non obtenu un diagnostic de l’une de ces quatre maladies allergiques à l’âge de cinq ans : dermatite atopique (eczéma), rhinite allergique, asthme ou allergie alimentaire. Pour chaque petit, un échantillon de selle a été analysé à deux reprises, soit à 3 et à 12 mois, afin de déterminer la composition de la flore intestinale.

Une histoire de bactéries

Dans l’étude, le retard de maturation de la flore intestinale était associé à un appauvrissement de certaines bonnes bactéries au profit d’autres, plus néfastes. Ainsi, chez les enfants allergiques, des micro-organismes moins bénéfiques prenaient davantage de place dans le système digestif, limitant par le fait même la diversité de la flore intestinale et retardant ainsi sa maturation.

Parmi les bactéries dominantes retrouvées chez les enfants allergiques, l’équipe de recherche a notamment détecté l’Enterococcus faecalis et le Clostridium innocuum. Rappelons que des études portant sur la famille des Clostridium laissent à penser que leur prépondérance dans l’intestin pourrait favoriser le développement d’un eczéma, une maladie allergique, chez les enfants.

L’analyse de la flore intestinale a également permis d’identifier la présence accrue de certains métabolites* appelés amines dans le système digestif des enfants ayant reçu un diagnostic de maladie allergique. Les chercheurs croient que ces molécules favoriseraient l’adhésion des bactéries aux intestins, ce qui créerait un état d’inflammation et augmenterait la perméabilité de la paroi intestinale. Ce faisant, les allergènes pourraient plus facilement traverser la barrière intestinale et engendrer la maladie allergique [1, 2]. Il s’agit toutefois d’une hypothèse qui devra être confirmée par d’autres études.

*Dans le cadre de la recherche, les métabolites dont il est question ici sont des molécules produites par certaines bactéries identifiées chez les enfants qui présentaient un retard de maturation du microbiote.

Bref, il semble que les maladies allergiques (eczéma, rhinite allergique, asthme et allergies alimentaires) soient causées, du moins en partie, par un retard de maturation de la flore intestinale à l’âge d’un an. Cette nouvelle donnée pourrait ainsi ouvrir la voie à des pistes de prévention des allergies alimentaires et autres maladies allergiques encore inexplorées jusqu’à maintenant.

Une flore intestinale diversifiée pour une bonne santé

Composée de plus de 100 000 milliards de bactéries, la flore intestinale joue de nombreux rôles dans le corps humain. Elle participe à la digestion des nutriments et à la fabrication de certaines vitamines, en plus de stimuler nos défenses immunitaires afin de nous garder en bonne santé.

Dès la naissance, le bébé est exposé à différents micro-organismes qui coloniseront peu à peu son système digestif. Le mode d’accouchement (vaginal ou par césarienne), le fait que le nourrisson soit ou non allaité, et l’environnement dans lequel il grandit guideront ainsi la construction de son écosystème intestinal au cours de ses premières années de vie.

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[1] Hoskinson, C., Dai, D. L. Y., Del Bel, K. L., Becker, A. B., Moraes, T. J., Mandhane, P. J., Finlay, B. B., Simons, E., Kozyrskyj, A. L., Azad, M. B., Subbarao, P., Petersen, C. et Turvey, S. E. (2023). Delayed gut microbiota maturation in the first year of life is a hallmark of pediatric allergic disease. Nature communications, 14(1), 4785. https://doi.org/10.1038/s41467-023-40336-4

[2] Perrier, C. et Corthésy, B. (2011). Gut permeability and food allergies. Clinical and experimental allergy : journal of the British Society for Allergy and Clinical Immunology, 41(1), 20–28. https://doi.org/10.1111/j.1365-2222.2010.03639.x

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