Anaphylaxie et épinéphrine chez l’enfant : lorsqu’une seule dose ne suffit pas

L’épinéphrine est le seul traitement efficace pour contrer l’anaphylaxie. Et si une seule dose était insuffisante ?

Chez l’enfant, on rapporte que 11 à 12 % des réactions anaphylactiques causées par un aliment nécessiteraient l’administration de plus d’une dose d’épinéphrine [1, 2]. Est-ce à dire que les jeunes allergiques qui sont à risque d’anaphylaxie devraient toujours transporter deux auto-injecteurs ? Et, si oui, quels sont les facteurs prédisposant à l’administration d’une ou de plusieurs doses supplémentaires d’épinéphrine ? Des scientifiques se sont penchés sur la question…

Un groupe de chercheurs américains a publié en 2008 une étude portant sur l’utilisation de doses multiples d’épinéphrine dans le traitement des réactions anaphylactiques induites par l’ingestion d’aliments chez les enfants [3]. L’objectif principal de cette étude était de déterminer la prévalence et les facteurs de risque associés à l’administration de doses répétées d’épinéphrine.

Ainsi, entre septembre 2006 et février 2007, un questionnaire anonyme a été remis aux parents des patients d’une clinique pédiatrique spécialisée en allergies alimentaires de l’Hôpital Mont Sinaï de New York. Au total, 413 questionnaires ont été analysés. Voici les principaux résultats :

  • Parmi les 95 réactions allergiques analysées dans le cadre de l’étude et traitées avec l’épinéphrine, l’administration d’une seule dose d’épinéphrine a été suffisante dans 81 % des cas, alors que plus d’une injection a été nécessaire dans 19 % des cas.
  • Les réactions rapportées ont été provoquées le plus souvent par l’ingestion d’arachides, de noix ou de lait.
  • Dans environ la moitié des cas, c’est l’enfant lui-même ou le parent qui a administré la première dose d’épinéphrine. Dans le quart des cas, l’épinéphrine a été injectée à l’urgence.
  • Pour les réactions ayant nécessité plusieurs doses, la seconde injection a été administrée par un professionnel de la santé dans 94 % des cas.
  • Dans le groupe ayant reçu plusieurs doses, plus d’enfants étaient asthmatiques et ont rapporté des sensations de serrement à la gorge par rapport au groupe n’ayant reçu qu’une seule dose.

Une extension de cette étude a été publiée en 2018 [2]. Toujours par le biais de questionnaires remplis par les parents d’enfants allergiques, les chercheurs ont cette fois voulu identifier les facteurs prédisposant l’enfant à une réaction allergique nécessitant de multiples injections d’épinéphrine. Voici les principaux résultats :

  • 11 % des réactions anaphylactiques traitées avec l’épinéphrine avaient nécessité l’injection de multiples doses.
  • Deux principaux facteurs ont été associés à l’administration de plus d’une dose d’épinéphrine lors d’une réaction anaphylactique, soit :
    • Lorsque les réactions étaient provoquées par le lait (risque trois fois plus élevé pour l’administration de doses multiples d’épinéphrine) ;
    • Les réactions dont le traitement nécessitait aussi l’administration d’oxygène.

Il est à noter que dans les deux études, le délai avant l’administration du premier auto-injecteur n’était pas un facteur de risque lié à la nécessité d’administrer une dose supplémentaire d’épinéphrine.

Les résultats des deux études présentées plus haut confirment la possibilité qu’un enfant présentant une réaction anaphylactique ait besoin de plus d’une dose d’épinéphrine.

À lire aussi : Les auto-injecteurs disponibles au Québec –EpiPen®, AllerjectMC et EmeradeMC

On ne le dira jamais assez : transporter en tout temps un auto-injecteur d’épinéphrine peut sauver une vie. Cependant, avoir une deuxième dose sous la main pourrait s’avérer essentiel, surtout lorsque les soins d’urgence sont éloignés.

  • Mettez en place un système pour vous assurer de remplacer l’auto-injecteur de votre enfant dès la date de péremption ;
  • Assurez-vous que l’auto-injecteur que vous avez en main contient la bonne dose d’épinéphrine en fonction du poids de votre l’enfant ;
  • Assurez-vous de bien maîtriser la technique d’injection à l’aide d’un auto-injecteur de pratique ;
  • Une deuxième dose d’épinéphrine (et parfois plus de deux) pourrait s’avérer nécessaire pour contrer les manifestations de l’anaphylaxie. Si la réaction persiste ou s’aggrave après la première injection, n’hésitez pas à administrer une deuxième dose aussi tôt que cinq minutes plus tard.

[1] Rudders, S.A. et coll. (2010). Multicenter study of repeat epinephrine treatments for food-related anaphylaxis. Pediatrics, 125(4):e711-8

[2] Tsuang, A. et coll. (2018). Risk factors for multiple epinephrine doses in food-triggered anaphylaxis in children. Annals of Allergy Asthma & Immunology, 121:469-273

[3] Jarvinen, K. M. et coll. (2008). Use of Multiple Doses of Epinephrine in Food-Induced Anaphylaxis in Children. Journal of Allergy and Clinical Immunology,122(1):133-138

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