Analyser le méconium pour prédire l’allergie alimentaire

La composition du méconium pourrait nous en dire long sur le risque d’un bébé de développer plus tard une allergie alimentaire.  

On l’appelle méconium. Il s’agit de la première selle du bébé après sa naissance. De couleur vert foncé tirant sur le noir, le méconium contient tous les déchets produits par l’enfant à naître durant la grossesse. Ces déchets pourraient-ils nous en apprendre sur la susceptibilité du nourrisson à développer dans le futur une allergie alimentaire ? 

La réponse est oui ! 

Selon des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique, les bébés chez qui la composition du méconium est riche et diversifiée seraient moins sujets à présenter une allergie alimentaire plus tard dans leur vie. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Cell Reports Medecine en mai 2021 [1]. 

Pour en arriver à ces résultats, les chercheurs canadiens ont analysé la composition du méconium de 100 enfants inclus dans la cohorte de l’étude Canadian Healthy Infant Longitudinal Development (CHILD). Ils ont observé que la première selle était moins riche chez ceux qui avaient développé une atopie à l’âge d’un an. Chez ces enfants, la maturation de la flore intestinale (microbiote) semblait d’ailleurs se faire plus lentement.  

L’importance des premiers mois de vie dans la maturation de la flore intestinale 

C’est à la naissance que l’intestin du bébé est colonisé par les bactéries qui formeront plus tard sa flore intestinale ou microbiote.  

Il faut savoir que c’est au cours des premiers mois de vie que la flore intestinale se transforme et évolue. Cette maturation du microbiote dépend de plusieurs facteurs. On peut par exemple penser au type d’accouchement (p. ex., vaginal ou par césarienne) ou à l’environnement auquel est exposé le nourrisson (p. ex., présence d’animaux à la maison). L’alimentation et le nombre de traitements antibiotiques reçus depuis la naissance pourraient aussi jouer un rôle.  

Dans leur étude, les chercheurs canadiens auraient identifié un autre facteur déterminant dans la maturation de la flore intestinale : la composition du méconium.  

La composition du méconium influencerait la diversité de la flore intestinale 

Chez le bébé, le méconium sert de nourriture aux premières bactéries qui colonisent l’intestin. Plus il est riche, c’est-à-dire plus il contient de métabolites différents, plus le microbiote risque d’être diversifié à long terme.  

Dans leur étude, les chercheurs ont identifié pas moins de 714 métabolites différents dans les 100 échantillons de méconium analysés. En moyenne, le nombre de métabolites par échantillon prélevé à la naissance était cependant plus petit à l’âge d’un an pour les enfants atopiques.  

Et ce n’est pas tout. 

Les chercheurs ont également observé des associations entre un nombre restreint de certains types précis de métabolites dans le méconium et lapparition d’une atopie à l’âge d’un an. On parle, par exemple, des stéroïdes (lipides), des vitamines, des cofacteurs et des nucléotides. Selon toute vraisemblance, une moins grande quantité de ces métabolites aurait pour conséquence de ralentir la maturation de la flore intestinale et d’affecter le développement du système immunitaire.  

Prenons l’exemple des stéroïdes. Ce sont des lipides que l’on retrouve dans le méconium et qui sont utilisés par plusieurs bactéries du microbiote comme source d’énergie. Si la quantité de stéroïdes dans le méconium est réduite, moins de bactéries pourront en théorie s’installer dans l’intestin et y survivre. Cela pourrait donc avoir un impact à plus long terme sur la diversité de la flore intestinale, mais aussi sur le développement du système immunitaire et l’apparition de maladies allergiques.  

 

Identifier les bébés à risque dès la naissance 

Les résultats de cette étude ont permis aux chercheurs de collecter une grande quantité de données sur la composition du méconium chez le nouveau-né. Par la suite, ils ont combiné ces données à différents facteurs (p. ex, le sexe du bébé, la présence d’atopie chez les parents, ou encore le fait d’avoir une sœur ou un frère aîné). Le modèle mathématique ainsi élaboré a permis aux chercheurs d’identifier, grâce à l’analyse du méconium, les enfants qui développeront une atopie à l’âge d’un an, et ce, 76 fois sur 100.  

Rappelons toutefois que l’étude a été menée chez un nombre très restreint d’échantillons (100). Ainsi, il n’est pas possible, pour le moment, d’extrapoler les résultats à tous les enfants à naître. Cependant, ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles avenues pour prévenir le développement des allergies alimentaires avant même la naissance. Évidemment, d’autres recherches devront être effectuées afin d’approfondir les connaissances sur le sujet. D’ici là, il est permis d’espérer !   

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[1] Peterson, C.  et coll. (18 mai 2021). A rich meconium metabolome in human infants is associated with early-life gut microbiota composition and reduced allergic sensitization. Cell Reports Medicine, 2, 100260. DOI: 10.1016/j.xcrm.2021.100260. 

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