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L’introduction précoce des allergènes réduit-elle vraiment le risque de développer une allergie alimentaire?

LEAP réduit allergie

Les plus récentes recommandations visant l’introduction hâtive des allergènes semblent porter fruit. Tour d’horizon des données actuelles.

En 2015, l’étude LEAP (Learning Early About Peanut allergy) a conduit les associations médicales du monde entier à revoir leurs recommandations concernant l’introduction des arachides chez le nourrisson. Plutôt que de retarder l’introduction des allergènes dans l’alimentation solide des bébés, on recommande depuis 2017 d’offrir des arachides et autres allergènes alimentaires dès l’âge de 4 à 6 mois. Quelles sont aujourd’hui les répercussions de ce changement de paradigme sur l’incidence et la prévalence des allergies alimentaires?

Prévenir le développement de l’allergie aux arachides

L’étude LEAP a fait couler beaucoup d’encre depuis la publication de ses premiers résultats en 2015 [1]. Elle visait à évaluer la prévalence de l’allergie aux arachides chez 640 enfants âgés de 4 à 11 mois présentant un eczéma sévère et/ou une allergie aux œufs, donc à haut risque de développer une allergie alimentaire. Pendant 5 ans, la moitié des enfants a évité les arachides, alors que l’autre a consommé au moins 6 g de protéines d’arachides par semaine.

Après 60 mois, la prévalence de l’allergie aux arachides était plus basse de 81 % dans le groupe ayant consommé l’aliment par rapport au groupe l’ayant évité. Ces résultats ont permis de conclure que l’introduction hâtive et la consommation régulière de l’arachide chez les nourrissons à haut risque permettait de réduire significativement l’apparition d’une allergie aux arachides.

À la lumière de ces résultats, les recommandations concernant l’introduction de l’arachide dans l’alimentation solide des bébés ont progressivement été actualisées un peu partout dans le monde. L’introduction hâtive de l’arachide autour de 6 mois (mais pas avant 4 mois) a d’abord été recommandée chez les enfants à haut risque de développer une allergie aux arachides [2]. Aujourd’hui, les recommandations de plusieurs pays sur l’introduction des arachides vers l’âge de 6 mois ont été élargies pour inclure les enfants à faible risque d’allergie ainsi que les autres allergènes alimentaires. [3, 4, 5].

En 2025, la prévalence de l’allergie aux arachides a-t-elle diminué?

Au cours des dix dernières années, quelques études ont évalué les répercussions des nouvelles recommandations visant l’introduction hâtive des arachides dans l’alimentation solide des nourrissons.

La plus récente de ces études, publiée en novembre 2025, conclut à une diminution de la prévalence de l’allergie aux arachides et des autres allergies alimentaires induites par les IgE depuis la publication des nouvelles recommandations [6]. Plus précisément, les auteurs ont rapporté une réduction significative du risque de développer une allergie aux arachides (-27 %), à un aliment ou plus (-38 %) ou à deux aliments ou plus (-29 %) pour la période de l’étude chez les enfants de 0 à 3 ans y ayant participé.

Notons que ces résultats, bien qu’encourageants, reposent uniquement sur l’analyse des dossiers médicaux électroniques d’enfants vivant aux États-Unis.

Qu’en est-il du Canada?

Le Canada a lui aussi actualisé ses recommandations concernant l’introduction des aliments allergènes depuis la publication de l’étude LEAP [2, 4, 5]. À ce jour, une seule étude a évalué l’incidence des recommandations émises en 2017 au pays [2]. Toutefois, au lieu d’évaluer la prévalence de l’allergie aux arachides, l’étude a plutôt mesuré le taux d’anaphylaxie.

L’étude en question, publiée en 2024, a analysé les visites à l’urgence de l’Hôpital de Montréal pour enfants découlant d’une réaction anaphylactique aux arachides avant et après 2017 [7]. Après l’actualisation des recommandations, l’équipe de recherche a observé une diminution significative du taux d’anaphylaxie aux arachides chez les enfants de 0 à 2 ans chez qui une allergie aux arachides n’avait pas été diagnostiquée avant la visite à l’urgence.  

Des données à confirmer

Bien que l’introduction hâtive des aliments allergènes chez les nourrissons dès l’âge de 4 à 6 mois semble réduire l’incidence des allergies alimentaires et le nombre de réactions anaphylactiques, d’autres études seront nécessaires pour confirmer les répercussions réelles de ces recommandations. En effet, les études publiées depuis 2015 sont loin d’être exhaustives.

D’abord, bien qu’une tendance à la baisse soit observée, les auteurs des études présentées ci-haut n’étaient pas en mesure de déterminer quand les parents avaient introduit les aliments allergènes et si la consommation s’était maintenue dans le temps.

Rappelons que l’introduction hâtive (dès 4 à 6 mois) des allergènes dans l’alimentation solide des nourrissons et la consommation régulière des allergènes tolérés par la suite font partie des recommandations de la Société canadienne de pédiatrie et de la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique pour prévenir le développement des allergies alimentaires.

Les auteurs ignoraient également la proportion des parents ayant suivi les nouvelles recommandations. Un sondage mené en 2021 auprès de 3 062 parents américains ayant de jeunes enfants a révélé que seuls 17 % d’entre eux avaient introduit les arachides et les œufs avant que leur nourrisson atteigne 7 mois [8].

Ces données soulèvent donc plusieurs questions. Dans quelle proportion les parents québécois et canadiens suivent-ils les nouvelles recommandations? Dans quelle mesure les professionnels de la santé d’ici conseillent-ils aux nouveaux parents d’introduire les aliments allergènes dès l’âge de 4 à 6 mois? Et si plus de parents adoptaient les nouvelles recommandations, la prévalence des allergies alimentaires pourrait-elle être encore plus faible?

D’ici à ce que la recherche permette de mieux quantifier l’adhésion aux recommandations et leurs effets à long terme, les données actuelles soutiennent néanmoins l’intérêt de l’introduction précoce des allergènes alimentaires. Introduire les aliments allergènes dès l’âge de 4 à 6 mois, puis en maintenir une consommation régulière lorsqu’ils sont bien tolérés, demeure à ce jour l’une des stratégies les plus prometteuses pour réduire le risque d’allergies alimentaires chez l’enfant. Consultez notre guide d’introduction des allergènes pour vous outiller sur le sujet.

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Références

[1]        Du Toit, G., Roberts, G., Sayre, P. H., Bahnson, H. T., Radulovic, S., Santos, A. F., Brough, H. A., Phippard, D., Basting, M., Feeney, M., Turcanu, V., Sever, M. L., Gomez Lorenzo, M., Plaut, M., Lack, G. et LEAP Study Team (2015). Randomized trial of peanut consumption in infants at risk for peanut allergy. The New England Journal of Medicine372(9), 803-813. https://doi.org/10.1056/NEJMoa1414850

 

[2]          Togias, A., Cooper, S. F., Acebal, M. L., Assa’ad, A., Baker, J. R., Jr, Beck, L. A., Block, J., Byrd-Bredbenner, C., Chan, E. S., Eichenfield, L. F., Fleischer, D. M., Fuchs, G. J., 3rd, Furuta, G. T., Greenhawt, M. J., Gupta, R. S., Habich, M., Jones, S. M., Keaton, K., Muraro, A., Plaut, M., … Boyce, J. A. (2017). Addendum guidelines for the prevention of peanut allergy in the United States: Report of the National Institute of Allergy and Infectious Diseases-sponsored expert panel. The Journal of Allergy and Clinical Immunology139(1), 29-44. https://doi.org/10.1016/j.jaci.2016.10.010

Document publié au nom de : American Academy of Allergy, Asthma & Immunology; American College of Allergy, Asthma & Immunology; Canadian Society of Allergy and Clinical Immunology; Society for Pediatric Dermatology; World Allergy Organization; and Society of Pediatric Nurses. Copublished in the Journal of Allergy and Clinical Immunology; Annals of Allergy, Asthma & Immunology; Allergy, Asthma & Clinical Immunology; World Allergy Organization Journal; Pediatric Dermatology; and the Journal of Pediatric Nursing.

 

[3]        Fleischer, D. M., Chan, E. S., Venter, C., Spergel, J. M., Abrams, E. M., Stukus, D., Groetch, M., Shaker, M. et Greenhawt, M. (2021). A consensus approach to the primary prevention of food allergy through nutrition: Guidance from the American Academy of Allergy, Asthma, and Immunology; American College of Allergy, Asthma, and Immunology; and the Canadian Society for Allergy and Clinical Immunology. Journal of Allergy & Clinical Immunology Practice, 9(1), 22-43. https://doi.org/10.1016/j.jaip.2020.11.002

 

[4]        Abrams, E. M., Hildebrand, K., Blair, B. et Chan, E. S. (2019). Le moment d’introduire les aliments allergènes solides chez le nourrisson à haut risque – Point de pratique. Société canadienne de pédiatrie. https://cps.ca/fr/documents/position/allergenes-solides

 

[5]        Abrams, E. M., Orkin, J., Cummings, C., Blair, B. et Chan, E. S. (2021). L’exposition aux aliments et la prévention des allergies chez les nourrissons à haut risque – Document de principe. Société canadienne de pédiatrie. https://cps.ca/fr/documents/position/lexposition-aux-aliments-et-la-prevention-des-allergies

 

[6]        Gabryszewski, S. J., Dudley, J., Faerber, J. A., Grundmeier, R. W., Fiks, A. G., Spergel, J. M. et Hill, D. A. (2025). Guidelines for Early Food Introduction and Patterns of Food Allergy. Pediatrics156(5), e2024070516. https://doi.org/10.1542/peds.2024-070516

 

[7]        Yu, J., Lanoue, D., Mir, A., Kaouache, M., Bretholz, A., Charke, A., McCusker, C., Protudjer, J. L. P., Jones, A. et Ben-Shoshan, M. (2024). Trends of peanut-induced anaphylaxis rates before and after 2017 early peanut introduction guidelines in Montreal, Canada. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 12(9), 2439-2444.e4. https://doi.org/10.1016/j.jaip.2024.06.004

 

[8]        Venter, C., Warren, C., Samady, W., Nimmagadda, S. R., Vincent, E., Zaslavsky, J., Bilaver, L. et Gupta, R. (2022). Food allergen introduction patterns in the first year of life: A US nationwide survey. Pediatric Allergy and Immunology33(12), e13896. https://doi.org/10.1111/pai.13896

 

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