Connaissez-vous le syndrome pollen-aliment (syndrome de l’allergie orale) ?

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Le printemps est finalement des nôtres et, avec lui, arrivent le soleil, la chaleur… et le pollen. Cette année, en plus des symptômes traditionnels du rhume des foins, vous remarquez des fourmillements et démangeaisons au niveau de vos lèvres et à l’intérieur de votre bouche lorsque vous mangez certains fruits et légumes crus. Il s’agit probablement du syndrome pollen-aliment (ou syndrome de l’allergie orale), un trouble qui affecte entre 9,4 % et 35 % de la population, et jusqu’à 70 % des personnes souffrant de rhinite allergique [1, 2]. Faites-vous partie des statistiques ? Si oui, voici quelques informations intéressantes qui vous permettront d’approfondir vos connaissances sur le sujet.

 

  1. Le syndrome pollen-aliment est une forme d’allergie croisée.

Le syndrome pollen-aliment apparaît chez les individus qui présentent une rhinite allergique et qui consomment certains aliments, la plupart du temps des fruits et des légumes crus, des noix ou des épices.

D’entrée de jeu, ces individus ont été sensibilisés aux protéines allergènes du pollen au niveau des voies respiratoires. En saison allergique, ils développent donc des symptômes caractéristiques du rhume des foins (p. ex., écoulement nasal, yeux rouges, etc.) lorsqu’ils entrent en contact avec le pollen.

Or, certaines protéines alimentaires adoptent une structure semblable à celles des pollens. Quand elles sont consommées, ces protéines sont reconnues comme étrangères, tout comme le sont les protéines du pollen. Des médiateurs chimiques sont alors libérés, ce qui provoque une réaction allergique locale (p. ex., démangeaisons, picotements dans la bouche). C’est pourquoi on considère le syndrome pollen-aliment comme une forme d’allergie croisée.

  1. L’allergie au bouleau est la plus souvent en cause dans les cas de syndrome pollen-aliment.

On estime en effet que 70 % des personnes allergiques au pollen de bouleau développeront au cours de leur vie une allergie croisée à la pomme ou à un autre aliment comme la poire ou le céleri [3, 8]. Les protéines en cause dans cette allergie adoptent une structure similaire à la protéine Bet v 1, l’allergène qui provoque la sensibilisation initiale au pollen de bouleau [3].

L’allergie au pollen d’armoise (allergie croisée possible avec la pêche et la châtaigne) et au pollen d’ambroisie (allergie croisée possible avec le melon, la banane, le kiwi et les pêches) figurent, avec l’allergie au pollen de bouleau, parmi les allergies respiratoires le plus couramment associées au syndrome pollen-aliment [5].

Vous trouverez un tableau représentant les associations pollen-aliment les plus fréquemment rencontrées en ce qui concerne le syndrome pollen-aliment.

  1. Le syndrome pollen-aliment provoque le plus souvent des symptômes relativement bénins qui se limitent à la cavité orale.

À l’instar de l’allergie alimentaire, le syndrome pollen-aliment est médié par les IgE. Mais alors que les protéines associées aux allergies alimentaires sont résistantes à la chaleur et à la digestion, celles que l’on associe au syndrome pollen-aliment y sont sensibles, du moins la plupart du temps.

Ainsi, lorsque les aliments qui provoquent le syndrome sont consommés, les protéines sont rapidement scindées dans l’estomac par les sucs gastriques, ce qui diminue considérablement leur potentiel allergène. Pour cette raison, le syndrome pollen-aliment est surtout associé à des réactions localisées au niveau de la cavité buccale (p. ex., picotements dans la bouche, enflure de la langue et du palais, sensation de serrement dans la gorge). Les symptômes peuvent aussi inclure de la nausée et des démangeaisons du nez et des oreilles [2, 4].

Notez que la cuisson des aliments est souvent suffisante pour éviter les réactions allergiques chez les individus touchés par le syndrome pollen-aliment.

  1. Le syndrome pollen-aliment peut entraîner une réaction allergique systémique et potentiellement sévère.

On estime que le syndrome pollen-aliment provoquerait des réactions systémiques (qui affectent plus d’un système du corps) dans 1 à 10 % des cas, alors que le risque d’anaphylaxie avoisinerait les 1,7 % [2, 8]. Ces réactions seraient plus susceptibles de survenir quand plusieurs aliments sont associés au syndrome chez une même personne [8].

Les réactions systémiques et potentiellement sévères comme l’anaphylaxie peuvent s’expliquer entre autres par le fait que certaines protéines associées au syndrome pollen-aliment sont en fait résistantes à la chaleur et à la digestion. C’est le cas notamment de l’Api g 1, une protéine allergène du céleri dont la structure s’apparente à celle de Bet v 1 (bouleau). Le potentiel allergène d’Api g 1 n’étant que très peu modifié par la cuisson et la digestion, le céleri est donc associé à un risque accru de réactions systémiques [4]. Il en est de même pour les pêches, les abricots, les cerises, les tomates et les amandes, pour ne nommer que ces aliments [2, 7, 8].

En terminant, voici quelques informations intéressantes sur le syndrome pollen-aliment :

  • Bien que l’on puisse observer une augmentation des symptômes pendant la saison des pollens, les personnes qui présentent un syndrome pollen-aliment réagiront généralement aux aliments allergènes pendant toute l’année.
  • Le fait de boire de l’alcool, de faire de l’exercice physique, de consommer l’aliment allergène cru en grande quantité ou de prendre des médicaments antiacides pourrait contribuer à augmenter les symptômes associés au syndrome pollen-aliment.
  • En fonction de vos symptômes et des aliments qui provoquent chez vous un syndrome pollen-aliment, mais également si vous avez déjà présenté une réaction allergique sévère dans le passé, votre médecin pourrait vous prescrire un auto-injecteur d’épinéphrine.

Si vous pensez souffrir d’une allergie pollen-aliment, parlez-en à votre médecin ou à votre allergologue. Grâce à un diagnostic approprié, vous pourrez adapter au besoin votre alimentation, et ainsi profiter au maximum des plaisirs estivaux!

 

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[1] Sicherer S. H. (2001). Clinical implications of cross-reactive food allergens. J Allergy Clin Immunol, 108(6):881-90. DOI 10.1067/mai.2001.118515


[2] Carlson, G. et Coop, C. (2019). Pollen food allergy syndrome (PFAS): A review of current available literature. Ann Allergy Asthma Immunol, 123:359-365. DOI 10.1016/j.anai.2019.07.022

 

[3] Sussman G., Sussman A. et Sussman D. (2011). Le syndrome de l’allergie orale. JAMC, mars-avril 2011. DOI 10.1503/cmaj.090314

[4] Kondo Y. et Urisu A. (2009). Oral allergy syndrome. Allergol Int, 58(4):485-91. DOI 10.2332/allergolint.09-RAI-0136

[7] Association des allergologues et immunologues du Québec. (2016). Le syndrome pollen-aliment. Repéré à http://www.allerg.qc.ca/Information_allergique/3_2_pollen_aliment.html

 

[8] Poncet, P. Sénéchal, H. et Charpin, D. (2020). Update on pollen-food allergy syndrome. Expert Rev Clin Immunol, 16(6):561-578. DOI 10.1080/1744666X.2020.1774366

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