Nouvelles

Poivron Allergies Québec

Sensibilités chimiques : en quoi se distinguent-elles des allergies alimentaires?

Publié dans : Categorie

14 novembre 2018

Engagez-vous dans notre communauté et partagez cet article

Recevoir l'infolettre & Devenir membre (gratuit)

En vous inscrivant à notre Infolettre, vous recevrez une publication mensuelle sur le thème des allergies alimentaires. Recettes, témoignages, articles d'actualité, information à jour et beaucoup plus vous seront communiqués douze fois par année. Les adresses courriel ne seront pas partagées et seront utilisées uniquement par notre association.


Par Katia Vermette

De plus en plus de personnes montrent une sensibilité à des substances chimiques. Bien que les symptômes puissent s’apparenter à ceux de l’allergie alimentaire, le phénomène ne semble pas faire intervenir les anticorps IgE. Alors, de quoi s’agit-il exactement?  

Vous avez des nausées après avoir consommé un aliment contenant du glutamate monosodique? Vous respirez difficilement après avoir bu du vin contenant des sulfites? Vous développez un mal de tête lorsque vous utilisez des produits nettoyants? Vous présentez peut-être une sensibilité chimique, un syndrome encore mal défini qui partage des similarités avec l’allergie alimentaire. 

La sensibilité chimique sous la loupe

La sensibilité chimique est aussi connue sous les termes intolérance environnementale idiopathique, hypersensibilité chimique et sensibilité chimique multiple.

On la décrit comme un syndrome qui survient chez un individu lorsqu’il est exposé à des doses très faibles d’une ou de plusieurs substances chimiques qui, normalement, ne provoquent pas d’effets toxiques. En d’autres mots, des personnes réagissent de manière exagérée à la présence de très petites quantités de produits normalement inoffensifs.

Les premières références à l’hypersensibilité chimique remontent aux années 1950. À l’époque, une allergologue du nom de Theron Randolph avait observé chez plusieurs de ses patients l’apparition récurrente de symptômes non spécifiques (rhinite, asthme, maux de tête, fatigue, pertes de conscience, etc.) après l’exposition à de très faibles doses de produits chimiques.

La communauté médicale reconnaît aujourd’hui l’existence de la sensibilité chimique dans la population. Depuis quelques décennies, le phénomène semble même avoir pris de l’ampleur dans le monde[1]. Aux États-Unis, on estime que 12,6 % de la population présenterait une sensibilité à des produits chimiques, parmi lesquels le quart auraient été diagnostiqués par un professionnel de la santé[2]. Plus près de chez nous, au Canada, 2 % à 3 % de la population auraient reçu un diagnostic de « polytoxicosensibilité chimique »[3].

 

Sensibilité ou allergie?

On remarque plusieurs similarités entre la sensibilité chimique et l’allergie alimentaire :

  • La sensibilité chimique apparaît à la suite d’une exposition à de très faibles doses de produits chimiques, tout comme la réaction allergique peut se développer avec la consommation de très petites quantités d’allergènes.
  • De nombreux produits sont associés à des cas de sensibilité chimique : glutamate monosodique[1] (syndrome du restaurant chinois), sulfites[2], arômes et colorants artificiels, pesticides, produits nettoyants, savons à lessive parfumés, désodorisants à textiles, parfums[4]. De son côté, l’allergie alimentaire peut être causée par de nombreux aliments.
  • L’intensité et la nature des symptômes de la sensibilité chimique varient d’une personne à l’autre. De plus, les symptômes peuvent affecter plusieurs systèmes du corps, comme c’est le cas pour l’allergie alimentaire. Bien que la sensibilité chimique n’entraîne pas de réactions aussi sévères que l’anaphylaxie, les symptômes qu’elle provoque peuvent affecter significativement la qualité de vie de celui ou celle qui en souffre (absences du travail, isolement, incompréhension de l’entourage, etc.). Le soulagement des symptômes passera par l’évitement des substances chimiques en cause et par des modifications aux habitudes de vie, lesquelles devront être personnalisées[5]. Voici une liste non exhaustive des symptômes associés à la sensibilité chimique[6] :
  • Yeux : irritation, larmoiement;
  • Appareil respiratoire : rhinite, dyspnée, toux, douleurs thoraciques, expectorations;
  • Système nerveux : céphalées, vertiges, tremblements, pertes de mémoire ou de concentration;
  • Système digestif : nausées, vomissements, douleurs abdominales, troubles du transit intestinal, brûlements d’estomac;
  • Système cardiovasculaire : hypotension artérielle, palpitations;
  • Peau : prurit, érythème, œdème du visage;
  • Autres symptômes : faiblesse généralisée, douleurs articulaires et musculaires, dépression, anxiété, irritabilité, insomnie.

Il faut cependant savoir que, contrairement aux allergies alimentaires, les sensibilités chimiques ne feraient pas intervenir les anticorps IgE. En outre, alors que les protéines alimentaires sont à l’origine des réactions allergiques aux aliments, les scientifiques n’ont pas encore pu établir la cause de la sensibilité chimique ni comment elle se développe. Ils évaluent cependant la possibilité que les substances chimiques puissent induire le développement d’une maladie auto-immune ou encore être associées à une déficience du système immunitaire[3], ce qui expliquerait l’apparition des symptômes chez les personnes sensibles[7].

Malgré le fait que près de 70 ans nous séparent du premier cas décrit, la sensibilité chimique demeure un concept mal défini que l’on s’explique difficilement, encore aujourd’hui. En fait, des hypothèses immunologiques, neurologiques, métaboliques, socioculturelles et même psychologiques ont été proposées pour expliquer le mécanisme d’apparition de la sensibilité chimique[8]. Aucune d’entre elles n’a cependant été démontrée jusqu’à présent.

 

[1] Le glutamate monosodique est un rehausseur de saveur utilisé dans la cuisine asiatique. On le retrouve aussi naturellement dans des aliments comme les tomates, les raisins, les champignons, les betteraves et certains fromages. Bien qu’il soit généralement bien toléré, le glutamate monosodique provoque chez certaines personnes une hypersensibilité caractérisée par des maux de tête, des nausées et des douleurs thoraciques. Les symptômes apparaissent une vingtaine de minutes après la consommation du glutamate et disparaissent en quelques heures.

[2] Les sulfites provoquent chez certaines personnes sensibles des symptômes qui s’apparentent à ceux de l’allergie alimentaire (ex. : troubles respiratoires et cutanés, malaises généralisés). Même s’ils sont associés à une sensibilité chimique, la similarité de leurs symptômes avec ceux de l’allergie alimentaire a poussé Santé Canada à inclure les sulfites à la liste des allergènes prioritaires, tout en concédant que ce n’est pas un allergène.

[3] Une déficience du système immunitaire se caractérise par un défaut de certaines cellules immunitaires qui les empêchent d’effectuer leur travail de manière efficace.


[1] Claudia S. et Ashford, N. (1992). Allergy and multiple chemical sensitivities distinguished. Dans Multiple chemical sensitivities: A workshop (pp. 47-64). Washington, DC : The National Academies Press.

[2] Caress, S. M. et Steinemann, A. C. (2004). Prevalence of multiple chemical sensitivities: A population-based study in the southeastern United States. American Journal of Public Health, 94(5):746-747.

[3] Association pour la santé environnementale du Québec, Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal. (2012). Quand l’environnement rend malade. [PDF] 

[4] Association pour la santé environnementale du Québec, Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal. (2012). Quand l’environnement rend malade. [PDF]

[5] Association pour la santé environnementale du Québec, Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal. (2012). Quand l’environnement rend malade. [PDF] 

[6] Barnig, C. et De Blay, F. (2013). Physiopathologie du syndrome d’hypersensibilité chimique multiple. Revue des Maladies Respiratoires, 30:446-450. ET Conso, F. et coll. (2010). L’intolérance environnementale idiopathique (sensibilité chimique multiple). Environnement, Risques & Santé, 9(5):393-400.

[7] Barnig, C. et De Blay, F. (2013). Physiopathologie du syndrome d’hypersensibilité chimique multiple. Revue des Maladies Respiratoires, 30:446-450.

[8] Barnig, C. et De Blay, F. (2013). Physiopathologie du syndrome d’hypersensibilité chimique multiple. Revue des Maladies Respiratoires, 30:446-450.

Partagez cet article:

© 2014 Allergies Québec. Tous droits réservés.

Site web et stratégie #ByHoffman et Substance Stratégies