Hérédité et allergies alimentaires : ce que dit la science
Peut-on hériter d’une allergie alimentaire? Découvrez ce que la science révèle sur les gènes et le risque allergique.
Les allergies alimentaires sont-elles inscrites dans nos gènes? Grâce aux importantes avancées réalisées au cours des dernières décennies, les scientifiques comprennent aujourd’hui beaucoup mieux les facteurs qui influencent le développement des allergies alimentaires, notamment le rôle de l’hérédité. Les études montrent en effet que les antécédents familiaux, comme le fait d’avoir un parent, un frère ou une sœur vivant avec une maladie allergique, augmenter le risque qu’a une personne de développer une allergie alimentaire. Mais quel rôle les gènes jouent-ils réellement? Voici ce que la science nous apprend.
Les allergies alimentaires ont une composante héréditaire
On sait depuis longtemps que l’hérédité* joue un rôle dans le développement des allergies alimentaires. En d’autres mots, les gènes qu’une personne reçoit de ses parents influencent son risque de devenir allergique à un ou à plusieurs aliments. Ainsi, un enfant dont un parent, un frère ou une sœur vit avec une maladie allergique est plus susceptible de développer à son tour une allergie ou une autre maladie allergique, comme l’asthme, l’eczéma ou la rhinite allergique.
Plusieurs études appuient cette observation [1, 2, 3]. Par exemple, l’étude HealthNuts, menée en Australie auprès de plusieurs milliers d’enfants âgés d’un an, a montré que les enfants ayant un proche parent (parent, frère ou sœur) vivant avec une maladie allergique étaient environ 40 % plus susceptibles de présenter eux aussi une maladie allergique, dont une allergie alimentaire, que ceux n’ayant pas d’antécédents familiaux [1].
Le risque augmenterait encore plus lorsque plusieurs membres de la famille sont touchés. Toujours dans l’étude HealthNuts, les enfants dont au moins deux membres de la famille immédiate vivaient avec des allergies alimentaires étaient 1,8 fois plus susceptibles d’en développer une que ceux sans antécédents familiaux [1].
Cela dit, les allergies alimentaires ne s’expliquent pas uniquement par la génétique. Leur développement est multifactoriel, c’est-à-dire qu’il dépend de plusieurs facteurs, et résulte de l’interaction de plusieurs éléments, dont la présence d’une atopie, la composition du microbiote intestinal, le type d’accouchement, le moment d’intégration des aliments solides (dont les allergènes prioritaires) chez le bébé et l’environnement dans lequel il évolue [3].
Ainsi, même si l’hérédité constitue un facteur de risque important, elle ne permet pas à elle seule de prédire si une personne développera ou non une allergie alimentaire.
*On définit l’hérédité comme l’ensemble des caractères qui sont transmis à une personne par ses parents et par les générations qui les ont précédés, par exemple des yeux bleus ou des cheveux bouclés.
Hérite-t-on d’une allergie alimentaire précise?
Les recherches montrent que l’hérédité influence le risque de développer une allergie alimentaire. Cela ne signifie toutefois pas qu’une allergie alimentaire précise se transmet automatiquement d’un parent à son enfant.
Les chercheurs croient plutôt que ce qui est transmis est une prédisposition à développer des maladies allergiques, dont l’allergie alimentaire.
Ainsi, un parent allergique aux arachides ne transmettra pas nécessairement une allergie aux arachides à son enfant. Il lui transmettra plutôt un risque plus grand de développer une maladie allergique. L’enfant pourrait ainsi développer une allergie à un autre aliment, de l’eczéma, de l’asthme, une rhinite allergique… ou rien du tout!
En d’autres mots, les gènes peuvent influencer la façon dont le système immunitaire réagit à son environnement, sans pour autant déterminer quelle maladie allergique se manifestera ni si elle se manifestera un jour.
Une multitude de gènes impliqués
Les données récentes suggèrent que les allergies alimentaires résultent de l’effet combiné de plusieurs gènes, chacun contribuant à augmenter ou à diminuer le risque de développer une allergie. Plusieurs de ces gènes seraient d’ailleurs associés à d’autres maladies allergiques, comme l’asthme et l’eczéma[4].
Les recherches ont associé deux grandes catégories de gènes aux allergies alimentaires : les gènes qui jouent un rôle dans la fonction de barrière de la peau et ceux qui assurent le bon fonctionnement du système immunitaire. Dans les deux cas, des mutations* ou variations génétiques, transmises d’une génération à l’autre, sont associées à un risque plus grand de développer une maladie allergique, dont l’allergie alimentaire.
Par exemple, le gène de la filaggrine (FLG) contient le « mode d’emploi » permettant aux cellules de la peau de fabriquer une protéine appelée « filaggrine », dont le rôle consiste à assurer le maintien de l’intégrité de la peau [5]. Certaines mutations du gène FLG peuvent entraîner une absence ou une diminution de la quantité de filaggrine dans les cellules de la peau [5], compromettant son rôle de barrière protectrice.
De ce fait, les chercheurs croient que la peau deviendrait plus perméable et les allergènes présents dans l’environnement pourraient alors pénétrer plus facilement dans l’organisme. Cela favoriserait la sensibilisation à certains allergènes, augmentant ainsi le risque de développer une allergie alimentaire.
D’autres gènes associés aux allergies alimentaires influencent de leur côté le fonctionnement du système immunitaire [4, 6]. Des mutations dans certains gènes qui codent pour des molécules du système immunitaire (p. ex. Human Leucocyte Antigen, interleukines, etc.) pourraient modifier la façon dont l’organisme reconnaît les substances normalement inoffensives (p. ex. les protéines présentes dans les aliments) et y réagit. Chez certaines personnes, ces variations génétiques augmenteraient le risque de développer une réponse allergique.
* Une mutation est une modification de la séquence d’ADN. La plupart des mutations sont sans conséquence, tandis que d’autres peuvent influencer certaines caractéristiques ou modifier le risque de développer une maladie, dont les allergies alimentaires.
Et l’environnement dans tout cela?
Les chercheurs savent aujourd’hui que les gènes ne racontent qu’une partie de l’histoire des personnes allergiques. En effet, l’environnement peut lui aussi influencer la façon dont certains gènes s’expriment. Ce domaine d’étude, appelé épigénétique*, fait actuellement l’objet de nombreuses recherches dans le domaine des allergies alimentaires [4, 6].
Pour comprendre l’effet de l’environnement sur notre matériel génétique, on peut imaginer que les gènes sont des interrupteurs. Bien que nous héritions de nos parents d’un ensemble de gènes à la naissance, certains facteurs environnementaux peuvent contribuer à allumer ou à éteindre l’interrupteur de certains de ces gènes, contribuant ainsi à modifier, notamment, le risque de développer une allergie alimentaire.
L’alimentation, le microbiote intestinal, certaines expositions environnementales survenant tôt dans la vie (p. ex. l’exposition à l’arachide dans l’environnement) pourraient ainsi influencer l’expression de gènes associés au risque allergique [4, 6].
Pour en apprendre plus sur la génétique et l’épigénétique :
Prévention et gestion des allergies : le potentiel de la nutrition de précision
*L’épigénétique consiste en l’étude des changements héréditaires causés par l’activation et la désactivation des gènes, sans altération de la séquence de l’ADN (Banque de dépannage linguistique, 2008).
En somme, les chercheurs tentent actuellement de mieux comprendre comment les différents gènes et les mécanismes épigénétiques influencent le développement des allergies alimentaires. Une chose est toutefois déjà claire : les allergies alimentaires résultent d’interactions complexes entre les gènes et l’environnement. En d’autres mots, les gènes peuvent influencer le risque allergique, mais ils ne déterminent pas à eux seuls si une personne développera ou non une allergie alimentaire.
Références
[1] Koplin, J. J., Allen, K. J., Gurrin, L. C., Peters, R. L., Lowe, A. J., Tang, M. L., Dharmage, S. C. et HealthNuts Study Team (2013). The impact of family history of allergy on risk of food allergy: a population-based study of infants. International Journal of Environmental Research and Public Health, 10(11), 5364-5377. https://doi.org/10.3390/ijerph10115364
[2] Saito-Abe, M., Yamamoto-Hanada, K., Pak, K., Iwamoto, S., Sato, M., Miyaji, Y., Mezawa, H., Nishizato, M., Yang, L., Kumasaka, N., Kobayashi, T., Ohya, Y. et On Behalf Of The Japan Environment And Children’s Study Jecs Group (2022). How a family history of allergic diseases influences food allergy in children: The Japan environment and children’s study. Nutrients, 14(20), 4323. https://doi.org/10.3390/nu14204323
[3] Tsai, H. J., Kumar, R., Pongracic, J., Liu, X., Story, R., Yu, Y., Caruso, D., Costello, J., Schroeder, A., Fang, Y., Demirtas, H., Meyer, K. E., O’Gorman, M. R. et Wang, X. (2009). Familial aggregation of food allergy and sensitization to food allergens: A family-based study. Clinical and Experimental Allergy: Journal of the British Society for Allergy and Clinical Immunology, 39(1), 101-109. https://doi.org/10.1111/j.1365-2222.2008.03111.x
[4] Arnau-Soler, A., Tremblay, B. L., Sun, Y., Madore, A. M., Simard, M., Kersten, E. T. G., Ghauri, A., Marenholz, I., Eiwegger, T., Simons, E., Chan, E. S., Nadeau, K., Sampath, V., Mazer, B. D., Elliott, S., Hampson, C., Soller, L., Sandford, A., Begin, P., Hui, J., … Asai, Y. (2025). Food allergy genetics and epigenetics: A review of genome-wide association studies. Allergy, 80(1), 106-131. https://doi.org/10.1111/all.16429
[5] Husain, I., Patel, K., Holden, C., Jervis, L., Barnard, K., Youssef, E., Felton, J., Bremner, S., Brown, S. J. et Mukhopadhyay, S. (2026). Skin barrier-related genes in childhood atopic dermatitis, asthma, and allergy: A systematic review and meta-analysis. Pediatric Allergy and Immunology : Official publication of the European Society of Pediatric Allergy and Immunology, 37(4), e70326. https://doi.org/10.1111/pai.70326
[6] Kanchan, K., Clay, S., Irizar, H., Bunyavanich, S. et Mathias, R. A. (2021). Current insights into the genetics of food allergy. The Journal of Allergy and Clinical Immunology, 147(1), 15-28. https://doi.org/10.1016/j.jaci.2020.10.039



