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Immunothérapie : de plus petites doses protègent-elles contre les expositions accidentelles?

nesting peanut

Et si l’immunothérapie à dose nettement plus faible que le traitement standard permettait de protéger la personne allergique aux arachides, tout en causant moins de réactions?

Pour les enfants vivant avec une allergie à l’arachide et leur famille, la crainte d’une exposition accidentelle fait partie du quotidien. Depuis quelques années, l’immunothérapie orale (ITO) offre une nouvelle avenue pour réduire ce risque en augmentant graduellement la tolérance à l’allergène.

Cette approche implique normalement de consommer quotidiennement une ou deux arachides, ce qui peut entraîner des réactions allergiques et rendre le traitement difficile à suivre pour certains enfants, notamment ceux qui n’apprécient pas le goût de l’allergène.

Une équipe de recherche a donc voulu vérifier si, dans le cadre d’une ITO, des doses beaucoup plus faibles de protéines d’arachide pouvaient offrir une protection comparable.

Pour mieux comprendre l’intérêt de cette approche, revenons d’abord sur les principes généraux de l’immunothérapie orale.

Une protection contre les expositions accidentelles

Au cours des dernières années, l’immunothérapie orale a changé la donne dans le traitement des allergies alimentaires. Chez la personne allergique, cette forme de désensibilisation consiste à augmenter le seuil de tolérance à un ou à plusieurs allergènes. L’ITO vise ainsi à protéger contre une exposition accidentelle à l’allergène et, dans certains cas, à en permettre sa réintégration dans l’alimentation [2].

Dans le cadre d’une ITO, la personne allergique ingère chaque jour une quantité précise, mais croissante, de l’allergène. Cette progression lui permet éventuellement d’atteindre une dose qu’elle peut consommer sans problème, souvent comparable à une portion normale de l’aliment.

Une fois cette étape franchie, la personne doit continuer à consommer quotidiennement l’allergène, ce que l’on appelle la dose d’entretien, afin de maintenir la protection dans le temps.

De manière générale, les protocoles cliniques d’ITO visent l’atteinte d’une dose d’environ 300 mg de protéines d’arachide (PA) à la fin du traitement [2]. Pour donner une idée de grandeur de cette dose, notons qu’une arachide contient entre 150 et 250 mg de PA [2].

L’atteinte de cette dose demande toutefois du temps et peut être associée à des réactions allergiques sévères. Elle peut aussi décourager les personnes qui n’aiment pas le goût de l’arachide de maintenir cette consommation quotidienne à long terme.

Dans ce contexte, des chercheurs ont voulu savoir si le recours à des doses plus faibles de protéines d’arachide pendant l’immunothérapie orale et la phase de maintien pouvait offrir une protection similaire à celle obtenue avec les doses standards de 300 mg. Leurs résultats ont récemment été publiés dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology – In Practice [2].

De plus petites quantités d’allergènes

L’étude en question, menée dans deux hôpitaux canadiens, révèle qu’une dose d’entretien de seulement 30 mg de protéines d’arachide (environ 1/8 d’arachide) permettait aux enfants allergiques d’augmenter significativement leur seuil de tolérance et ainsi d’être protégés contre une exposition accidentelle à l’allergène [2]. Cette protection était comparable à celle obtenue avec une dose d’entretien de 300 mg de PA.

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de recherche a assigné au hasard 51 enfants allergiques à l’arachide âgés de 7 à 13 ans dans l’un des trois groupes suivants :

  • dose d’entretien de 30 mg de PA (groupe 30 mg);
  • dose d’entretien de 300 mg de PA (groupe 300 mg);
  • évitement de l’arachide (groupe contrôle).

Dans les deux premiers groupes, les enfants ont complété une ITO au cours de laquelle la dose d’arachide était progressivement augmentée jusqu’à l’atteinte de la dose d’entretien (30 ou 300 mg de PA). L’équipe de recherche a demandé au troisième groupe d’éviter complètement l’arachide.

Chaque participant a également effectué un test de provocation orale au début et à la fin de l’étude afin de déterminer son seuil de tolérance à l’allergène. Ces tests de provocation ont permis aux chercheurs d’évaluer si les enfants pouvaient consommer des quantités cumulatives* de 443 mg de PA ou plus au début de l’étude, puis de 443 mg de PA ou plus et de 1 043 mg de PA ou plus à la fin de l’étude.

À la fin de l’étude, les enfants des groupes 30 mg et 300 mg présentaient un seuil de tolérance à l’arachide significativement plus élevé que les enfants du groupe contrôle. Plus précisément, 76,5 % des jeunes du groupe 30 mg et 58,8 % de ceux du groupe 300 mg toléraient des quantités cumulatives atteignant 443 mg de PA, contrairement à 0 % dans le groupe ayant évité l’arachide. Les enfants ayant toléré 1 043 mg de PA étaient également plus nombreux dans les groupes traitement (41,2 % des enfants du groupe 30 mg et 47,1 % de ceux du groupe 300 mg) que dans le groupe contrôle (0 %).

L’ingestion quotidienne d’une dose de 30 mg de protéines d’arachide à la suite d’une ITO permettait ainsi de protéger les enfants allergiques contre une exposition accidentelle à l’allergène. La protection était comparable à celle obtenue avec une ITO visant 300 mg de dose d’entretien.

* Lors du test de provocation orale, les participants consommaient toutes les 20 minutes des quantités croissantes de protéines d’arachide (1, 3, 10, 30, 100, 300, 600 et 1000 mg). L’équipe de recherche a ainsi pu évaluer s’ils pouvaient atteindre une dose cumulative de 443 mg, puis de 1043 mg de protéines allergènes.

Moins d’effets indésirables

Même si elle est considérée comme sécuritaire, notamment du fait qu’elle se déroule sous supervision médicale, l’immunothérapie orale comporte tout de même des risques, puisqu’elle implique d’ingérer un aliment auquel on est allergique. Des réactions allergiques, allant de manifestations légères à l’anaphylaxie, demeurent donc une possibilité.

Dans l’étude, le taux de réactions allergiques parmi les enfants ayant effectué une ITO s’établissait à 4,8 %. Les réactions les plus fréquentes incluaient des inconforts abdominaux, de la nausée, des éternuements et des réactions localisées au niveau de la bouche, mais des réactions plus sévères (dont l’anaphylaxie) ont également été rapportées.

Fait intéressant : les enfants du groupe recevant une dose d’entretien de 30 mg de PA étaient 3,3 fois moins susceptibles de présenter une réaction locale et 7,5 fois moins susceptibles de présenter une réaction anaphylactique modérée à sévère que ceux du groupe recevant quotidiennement une dose de 300 mg de PA. L’immunothérapie à faible dose pourrait donc être plus sécuritaire que le traitement à dose standard.

Des perspectives encourageantes

Somme toute, une immunothérapie orale reposant sur la consommation quotidienne d’une très petite quantité d’arachide offrirait une protection contre les expositions accidentelles comparable à une ITO à dose standard, tout en étant associée à un risque plus faible de réactions allergiques.

Si ces observations se confirment, l’immunothérapie orale pourrait devenir une option plus simple et mieux tolérée pour plusieurs enfants vivant avec une allergie à l’arachide et, éventuellement, à d’autres allergènes. Des recherches supplémentaires seront toutefois nécessaires pour valider ces résultats et mieux définir la place de cette approche dans la pratique clinique.

Références

[1]          Flibotte, A., Bégin, P. et Simard. M.-L. (2025). L’immunothérapie orale au quotidien : dépliant d’information destiné à la clientèle. CHU Sainte-Justine. https://www.chusj.org/getmedia/ca57069e-45dd-471b-b1c2-d3bb05d03d1a/F-7165_ITO_web.pdf.aspx?ext=.pdf

 

[2]          Upton, J. E. M., Toscano-Rivero, D., Ke, D., Berenjy, A., Lejtenyi, D., Beaudette, L., Yin, X., Li, C. H., Duan, L. Y., Cohen, C. G., Kim, V., Marzouk, S., Grunebaum, E., McCusker, C. T., Mazer, B., Eiwegger, T. et Ben-Shoshan, M. (2026). Peanut oral immunotherapy using 30 and 300 mg maintenance doses. The Journal of Allergy and Clinical Immunology. In Practice14(1), 223-232.e7. https://doi.org/10.1016/j.jaip.2025.10.007

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