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L’introduction hâtive des arachides serait bénéfique…mais quelles sont les questions limitant l’application de ces résultats?

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6 novembre 2015

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Par Kim Bourbeau, stagiaire en nutrition.

 

Le New England Journal of Medicine a publié le 23 février 2015 une étude sur « la consommation d’arachides chez des enfants présentant un haut risque de développer une allergie aux arachides », réalisée par George Du Toit et ses collaborateurs [1]. Les résultats présentés par ces derniers ont sans aucun doute bouleversé l’approche de la communauté médicale en ce qui concerne la prévention des allergies.

 

Quels sont les résultats de cette étude?

Bien que les résultats de cette étude aient déjà été présentés, prenons le temps de revenir sur quelques éléments importants.

 

Tout d’abord, nous savons que la prévalence de l’allergie aux arachides chez l’enfant a augmenté de façon significative depuis plusieurs années [1]. Dans un article publié en 2008, George Du Toit et ses collaborateurs ont observé que les enfants juifs provenant du Royaume-Uni présentaient un risque dix fois plus élevé de développer une allergie aux arachides que les enfants Israéliens ayant les mêmes descendances ancestrales [1]. Ces observations corrélaient avec le fait que les enfants juifs ne consommaient pas d’arachides dans leur première année de vie, ce qui n’était pas le cas des enfants Israéliens [1]. Les mêmes chercheurs ont donc émis l’hypothèse que « l’introduction précoce des arachides dans l’alimentation du nourrisson pourrait prévenir le développement de l’allergie aux arachides chez ce dernier » [1].

 

Un total de 640 participants, âgés entre 4 et 11 mois et présentant un eczéma sévère et/ou une allergie aux œufs, ont été aléatoirement divisés en deux groupes [1]. Le premier devait éviter la consommation d’arachides jusqu’à l’âge de 60 mois, alors que le deuxième devait en consommer (minimum de 6 g de protéines d’arachides par semaine) [1].

 

Les résultats ont démontré une prévalence de l’allergie aux arachides de 17,2 % chez les enfants n’ayant pas consommé d’arachides comparativement à 3,2 % chez les enfants qui en avaient consommé [1]. George Du Toit et ses collaborateurs ont ainsi conclu que « l’introduction hâtive et soutenue des arachides dans l’alimentation des nourrissons permettait de réduire significativement le risque de développer une allergie aux arachides chez les enfants à haut risque » [1].

 

Quels sont les questionnements limitant l’application de ces résultats?

Malgré des résultats assez prometteurs en ce qui concerne la prévention de l’allergie à l’arachide, plusieurs questionnements subsistent face à leur application.

 

Premièrement, les nourrissons sélectionnés présentaient un haut risque de développer une allergie à l’arachide (eczéma sévère et/ou une allergie confirmée aux œufs) [1]. Par contre, il nous est impossible de déterminer si les résultats sont extrapolables à l’ensemble des nourrissons (ex. : les nourrissons étant à faible risque de développer une allergie à l’arachide).

 

Deuxièmement, la dose d’arachides utilisée dans l’étude était relativement élevée (minimum de 6 g de protéines par semaine répartie sur trois repas ou plus) [1]. On peut se demander si une plus petite dose d’arachides (ex. : 3 g) serait suffisante pour reproduire les résultats de l’étude. Également, ces derniers ne permettent pas de déterminer si une seule exposition hebdomadaire de 6 g de protéines d’arachides aurait le même effet.  

 

Troisièmement, la période d’exposition aux arachides était relativement longue dans l’étude, soit de 49 à 56 mois [1]. Une période d’exposition plus courte (ex. : 30 mois) serait-elle suffisante pour obtenir des résultats similaires à ceux de l’étude? Quel serait l’impact d’un arrêt prématuré ou prolongé de la consommation d’arachides ou encore d’une consommation intermittente par l’enfant?

 

Finalement, un seul allergène (arachide) a été étudié dans le cadre de cette étude, alors que plusieurs autres aliments sont aussi allergènes (c.-à-d. lait, œuf, noix, moutarde, etc.) [1]. Ainsi, il demeure inconnu à ce jour s’il est possible d’extrapoler les résultats de l’étude à d’autres types d’allergies alimentaires.

 

Il y a donc plusieurs éléments de l’étude de George Du Toit et de ses collaborateurs qui demandent à être approfondis. Par contre, malgré ces questionnements, les résultats obtenus sont très positifs en ce qui concerne la prévention de l’allergie aux arachides chez l’enfant. Maintenant, comment la communauté médicale interprètera-t-elle les résultats et les limites de cette étude? Comment les membres de cette communauté les intègreront-ils à leur pratique quotidienne? Les réponses à ces questions vous seront fournies dans le prochain article sur le sujet.

 

 [1] Du Toit G. et coll. Randomized trial of peanut consumption in infants at risk for peanut allergy. N Engl J Med, 26 février 2015; 372(9):803-813. 

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