En coulisses du projet NOURRIR du CHU Sainte-Justine
Partie 1 - Entrevue avec Jasmine Paquette, IPS
En mai dernier, le CHU Sainte-Justine a lancé le projet NOURRIR, un programme d’accompagnement clinique destiné aux familles en attente d’un rendez-vous en allergologie pour leur enfant soupçonné d’avoir une allergie alimentaire.
Au Québec, l’offre de services en allergologie est insuffisante par rapport à la demande, avec environ 90 allergologues pour plus de 300 000 personnes avec un diagnostic d’allergie. Par ailleurs, les recherches montrent que, chez les enfants ayant vécu une première réaction allergique, il existe une période propice pour augmenter leur seuil de tolérance ou, à tout le moins, le maintenir.
Allergies Québec a récemment rencontré Jasmine Paquette, infirmière-clinicienne et conseillère en soins du projet NOURRIR au CHU Sainte-Justine. Dans cette première partie d’entrevue, elle nous présente les objectifs du projet, les critères d’admissibilité et les perspectives d’avenir.
Allergies Québec — Pouvez-vous nous expliquer les objectifs du projet NOURRIR?
Mme Paquette — L’objectif est de pallier les délais d’attente en allergologie et surtout de ne pas manquer la « fenêtre d’opportunité » thérapeutique liée à l’exposition précoce aux allergènes, qui pourrait favoriser le développement ou le maintien d’une tolérance alimentaire. Bien que notre projet ne remplace pas la prise en charge par un allergologue, il permet d’intervenir rapidement auprès des enfants concernés.
Lorsqu’un enfant est en attente d’un rendez-vous en allergologie et qu’il suit une diète d’éviction, le risque que son allergie s’installe de façon durable augmente. C’est pourquoi le projet NOURRIR apporte donc un soutien dès qu’il y a suspicion d’allergie. Ainsi, nous communiquons rapidement avec le patient et favorisons une prise en charge dans les meilleurs délais.
Sans le projet NOURRIR, ces patients devraient attendre plusieurs mois, voire jusqu’à 1 an avant d’être vus en allergologie. Cette attente peut contribuer à l’aggravation de l’allergie. Le projet aide à augmenter les chances de guérison, réduit l’attente pour une prise en charge et offre un soutien aux familles.
Allergies Québec — Le projet NOURRIR est lié à l’exposition précoce aux allergènes. À Sainte-Justine, il y a aussi la CITO, la toute première clinique d’immunothérapie orale. Existe-t-il un lien entre le projet NOURRIR et la CITO?
Mme Paquette — Il s’agit de deux programmes séparés. Les patients qui participent au projet NOURRIR ne sont pas suivis à la clinique d’allergie, puisqu’ils ne sont pas pris en charge par un médecin du CHU Sainte-Justine.
Lorsqu’on parle du projet NOURRIR, il s’agit plus précisément d’une exposition à très faible dose. En immunothérapie orale, la désensibilisation consiste à augmenter les doses progressivement. Or, dans le cadre du projet NOURRIR, nous maintenons plutôt la même dose jusqu’à ce que l’enfant puisse consulter l’allergologue.
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Allergies Québec — À quel groupe d’âge s’adresse le projet?
Mme Paquette — Actuellement, le projet s’adresse uniquement aux bébés de 18 mois et moins. Ce jeune âge constitue une fenêtre d’intervention particulièrement favorable pour éviter qu’une allergie s’installe. Plus l’enfant vieillit, plus il y a de risque que l’allergie suspectée se développe et persiste.
Allergies Québec — Quels allergènes sont inclus dans le projet?
Mme Paquette — Nous maintenons une même dose d’allergène pour quatre aliments ciblés, soit le lait, les œufs, les arachides et le soya, et ce jusqu’à ce que l’enfant puisse voir l’allergologue.
Comme il s’agit d’un projet pilote, nous n’avons pas élargi le projet à l’ensemble des allergènes prioritaires. De plus, chez les bébés de 18 mois et moins, la majorité des requêtes reçues en allergologie concernent les quatre allergènes ciblés.
Allergies Québec — Qui est admissible au projet NOURRIR?
Mme Paquette — Pour être admissible, l’enfant doit être âgé de 18 mois ou moins, présenter une allergie soupçonnée parmi les quatre allergènes ciblés, ne pas souffrir d’eczéma sévère et être en bonne santé générale.
Allergies Québec — Par rapport aux perspectives d’avenir, existe-t-il un plan pour maintenir ce projet à long terme et le déployer à travers le Québec?
Mme Paquette — Effectivement, nous avons le désir de déployer le projet à travers le Québec, mais ce programme en est encore à ses débuts. Nous pilotons d’abord le projet à Sainte-Justine afin d’évaluer la faisabilité d’un déploiement à plus grande échelle.
Au niveau de la faisabilité du projet, nous avons constaté que peu d’allergologues pratiquent la désensibilisation, particulièrement en région éloignée. L’objectif est donc de déployer le projet à l’échelle du Québec. Ainsi, des infirmières spécialisées, qu’elles soient situées à Rimouski, à Rivière-du-Loup ou ailleurs en région, pourraient accompagner les familles en attendant qu’un allergologue pratiquant l’immunothérapie orale prenne le relais. Cette prise en charge précoce aiderait à pallier le peu de services offerts actuellement pour cette clientèle ainsi que le délai pour accéder à l’immunothérapie orale en allergologie.
Par Elizabeth Trudel, stagiaire en nutrition chez Allergies Québec
Ne manquez pas la suite de l’entrevue qui portera sur le parcours d’admission au projet et le suivi intégral.
Pour plus d’informations sur le projet NOURRIR, consultez cet article sur le site du CHU Sainte-Justine.



