Existe-t-il un lien entre les maladies allergiques et le TDAH?
Des études révèlent une association intrigante que les scientifiques tentent aujourd’hui de comprendre.
Les maladies allergiques et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont deux réalités très différentes. Pourtant, elles coexistent fréquemment. D’ailleurs, de plus en plus d’études suggèrent qu’elles pourraient être liées. Que sait-on sur cette mystérieuse association?
Maladies allergiques et TDAH : un lien qui intrigue les chercheurs
Au cours des dernières années, plusieurs études ont suggéré l’existence d’un lien entre les maladies allergiques et le TDAH, un trouble neurodéveloppemental caractérisé notamment par de l’inattention, de l’impulsivité et/ou de l’hyperactivité.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2017 par une équipe de recherche des Pays-Bas a par exemple conclu que les enfants qui présentaient une atopie* étaient plus susceptibles d’avoir également un TDAH que ceux sans atopie [1]. Plus précisément, les chercheurs ont noté une association avec trois maladies atopiques : l’asthme, l’eczéma et la rhinite allergique.
Et qu’en est-il des allergies alimentaires?
En 2022, des chercheurs ont analysé les données du National Health Interview Survey portant sur près de 200 000 Américains âgés de 4 à 17 ans [2]. Ils ont observé une association positive et significative entre le TDAH et les allergies respiratoires, cutanées et alimentaires. L’étude a par exemple montré que la prévalence du TDAH chez les enfants vivant avec une allergie alimentaire (12,66 %) était plus élevée que chez les enfants sans allergie (7,99 %).
Des résultats allant dans le même sens ont été rapportés ailleurs dans le monde, entre autres au Royaume-Uni [3] et en Chine [4].
* L’atopie est une prédisposition à développer des maladies allergiques, notamment l’eczéma, la rhinite allergique, l’asthme et les allergies alimentaires.
Un lien n’implique pas nécessairement une causalité
Ces résultats nous amènent à nous poser la question suivante : l’association observée à la section précédente signifie-t-elle que les maladies allergiques causent le TDAH (ou vice-versa)? Pas nécessairement.
En fait, il faut distinguer la corrélation, qui désigne une association entre deux phénomènes, et la causalité, où l’un des phénomènes cause l’autre. Vous avez peut-être déjà entendu parler de la corrélation entre la consommation de margarine aux États-Unis et le taux de divorce dans l’État du Maine. Entre 2000 et 2009, les deux suivaient la même tendance lorsqu’on regardait leur évolution sur un graphique. Pourtant, aucun lien de causalité ne pouvait être établi, puisque diminuer sa consommation de margarine ne réduit pas le risque de divorcer.
Il en va de même pour les maladies allergiques et le TDAH. Le fait que ces deux conditions soient plus souvent observées chez les mêmes personnes ne signifie pas que l’une est responsable de l’autre. À l’heure actuelle, les données ne permettent donc pas d’affirmer que les allergies causent le TDAH ni que le TDAH favorise le développement des allergies. Les chercheurs examinent cependant cette possibilité.
Des hypothèses qui pourraient expliquer le lien entre maladies allergiques et TDAH
Plusieurs pistes sont actuellement explorées pour expliquer l’association observée entre les maladies allergiques et le développement du TDAH.
Certains processus inflammatoires pourraient notamment être communs aux deux conditions et contribuer à mieux comprendre leur association [3, 4, 5, 6]. En effet, les maladies allergiques se caractérisent par une réponse immunitaire exagérée, ce qui entraîne la libération de molécules inflammatoires, comme les cytokines. Or, des particularités dans le fonctionnement du système immunitaire et dans les taux de certains marqueurs inflammatoires ont également été observées chez des personnes ayant un TDAH.
Des facteurs génétiques et environnementaux pourraient aussi expliquer en partie le lien entre les maladies allergiques et le TDAH [4, 5]. Ces deux conditions résultent en effet d’interactions complexes entre les gènes et l’environnement. Des facteurs environnementaux, comme l’alimentation ou l’exposition à des polluants, pourraient ainsi influencer le développement des deux conditions.
Enfin, le microbiome intestinal pourrait constituer une autre pièce du casse-tête. Des déséquilibres dans sa composition ont été associés aux maladies allergiques et au TDAH. Les chercheurs se demandent donc si ces changements pourraient faire partie des mécanismes communs reliant ces deux conditions [5].
Les maladies allergiques sont-elles aussi liées à d’autres troubles neurodéveloppementaux?
Le TDAH n’est pas le seul trouble neurodéveloppemental à avoir été associé aux maladies allergiques. Des chercheurs se sont également intéressés au trouble du spectre de l’autisme (TSA).
Dans une vaste étude menée aux États-Unis et incluant près de 200 000 enfants, des chercheurs ont noté une prévalence plus élevée d’allergies alimentaires chez les enfants ayant un TSA (11,25 %) que chez les autres (4,25 %) [7]. Des associations ont aussi été observées avec les allergies respiratoires et cutanées. Notons cependant que l’étude présentait certaines limites, notamment le fait que les allergies et le TDAH étaient rapportés par les parents plutôt que par un professionnel de la santé.
Somme toute, les interactions entre les maladies allergiques et les troubles neurodéveloppementaux, comme le TDAH et le TSA, semblent complexes. Par ailleurs, les études ayant conclu à un lien entre ces conditions présentent toutes leurs limites et ne peuvent être confirmées ou extrapolées pour le moment. Si les données disponibles aujourd’hui ne permettent pas de déterminer la nature de cette association ni d’en établir un lien de causalité, elles ouvrent néanmoins plusieurs pistes de recherche pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Par Katia Vermette, réd. a.
Références
[1] Schans, J. V., Çiçek, R., de Vries, T. W., Hak, E. et Hoekstra, P. J. (2017). Association of atopic diseases and attention-deficit/hyperactivity disorder: A systematic review and meta-analyses. Neuroscience and biobehavioral reviews, 74(Pt A), 139-148. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2017.01.011
[2] Xu, G., Liu, B., Yang, W., Snetselaar, L. G., Chen, M., Bao, W. et Strathearn, L. (2022). Association of food allergy, respiratory allergy, and skin allergy with attention deficit/hyperactivity disorder among children. Nutrients, 14(3), 474. https://doi.org/10.3390/nu14030474
[3] Husain, I., Mukhopadhyay, S. et Eccles, J. (2025). Childhood allergy and neurodivergence: A cross-sectional analysis in a UK-Birth cohort. Allergy, 80(12), 3452-3453. https://doi.org/10.1111/all.70000
[4] Jiang, X., Shen, C., Dai, Y., Jiang, F., Li, S., Shen, X., Hu, Y. et Li, F. (2018). Early food allergy and respiratory allergy symptoms and attention-deficit/hyperactivity disorder in Chinese children: A cross-sectional study. Pediatric allergy and immunology: official publication of the European Society of Pediatric Allergy and Immunology, 29(4), 402-409. https://doi.org/10.1111/pai.12888
[5] Chua, R. X. Y., Tay, M. J. Y., Ooi, D. S. Q., Siah, K. T. H., Tham, E. H., Shek, L. P., Meaney, M. J., Broekman, B. F. P. et Loo, E. X. L. (2021). Understanding the link between allergy and neurodevelopmental disorders: A current review of factors and mechanisms. Frontiers in neurology, 11, 603571. https://doi.org/10.3389/fneur.2020.603571
[6] Nemet, S., Asher, I., Yoles, I., Baevsky, T. et Sthoeger, Z. (2022). Early childhood allergy linked with development of attention deficit hyperactivity disorder and autism spectrum disorder. Pediatric allergy and immunology: official publication of the European Society of Pediatric Allergy and Immunology, 33(6), 10.1111/pai.13819. https://doi.org/10.1111/pai.13819
[7] Xu, G., Snetselaar, L. G., Jing, J., Liu, B., Strathearn, L. et Bao, W. (2018). Association of food allergy and other allergic conditions with autism spectrum disorder in children. JAMA network open, 1(2), e180279. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2018.0279



