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Prédire la sévérité d’une réaction allergique, une utopie?

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16 janvier 2018

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Par Katia Vermette

La sévérité d’une réaction allergique n’est pas prévisible. Du moins, c’est ce que l’on croyait jusqu’à récemment. Le point sur le facteur d’activation plaquettaire.

Jeanne a dix-sept ans. Elle est allergique aux arachides, une allergie qui l’oblige à porter sur elle en tout temps un auto-injecteur d’épinéphrine. Jeanne n’a jamais réagi sévèrement à la suite d’un contact accidentel avec l’arachide. Une urticaire et des démangeaisons certes, mais rien de bien dangereux. Pour le moment.

À l’heure actuelle, il est impossible de prévoir la sévérité d’une réaction allergique chez un individu. On sait cependant que différents médiateurs chimiques[1] sont à l’origine des symptômes de l’allergie. On parle par exemple de l’histamine, des prostaglandines, des leucotriènes… et du facteur d’activation plaquettaire (platelet-activating factor ou PAF). Même si l’intérêt pour ce dernier médiateur ne date pas d’hier, de récentes découvertes sèment l’espoir dans la communauté scientifique.

 

Le PAF et l’anaphylaxie chez l’animal

On soupçonne depuis longtemps que le facteur d’activation plaquettaire joue un rôle central dans l’anaphylaxie. À vrai dire, le médiateur chimique est associé à l’apparition de divers effets physiologiques observés lors d’une réaction anaphylactique : augmentation de la perméabilité vasculaire, chute de pression, contraction des muscles lisses des intestins, des poumons et de l’utérus[2].

Les recherches confirment aujourd’hui que le PAF est produit en grande quantité lors d’une réaction allergique sévère et serait en partie responsable de l’apparition des symptômes. Dans l’organisme, son action est cependant bloquée rapidement par le PAF acétylhydrolase (PAF-AH), une molécule dont le rôle est d’empêcher le PAF de produire son effet (il est donc inhibiteur) [3].

Chez l’animal, les chercheurs ont constaté que la concentration en PAF était indirectement proportionnelle à celle de son inhibiteur, le PAF-AH. Ainsi, plus la concentration en PAF est élevée, plus celle du PAF-AH est faible, et vice-versa[4]. En outre, une concentration élevée en PAF — et donc faible en PAF-AH — est associée, dans les modèles animaux, à une réaction anaphylactique sévère.

 

De l’animal à l’humain

En 2006, le chercheur canadien Peter Vadas a voulu savoir si la concentration en PAF pouvait prédire la sévérité d’une réaction allergique chez l’humain[5]. Pour le déterminer, il a mesuré la concentration du PAF et du PAF-AH dans une cohorte de patients s’étant présentés à l’urgence d’un centre hospitalier de Toronto en raison d’une réaction anaphylactique.

Les résultats de l’étude se sont avérés concluants. La concentration moyenne en PAF chez les patients présentant une anaphylaxie légère, modérée et sévère atteignait respectivement 2.5, 5 et 10 fois celle du groupe contrôle, dont les individus ne présentaient aucune allergie[6]. En ce qui concerne le PAF-AH, le chercheur a observé que plus son activité était faible, plus la concentration du PAF était élevée et donc plus les symptômes de l’anaphylaxie étaient sévères.

La découverte des chercheurs canadiens pourrait bien ouvrir la porte à des avancées de taille dans la gestion des allergies alimentaires sévères. Si l’on pouvait mesurer le PAF chez la personne allergique, peut-être serait-il possible de prédire la sévérité d’une réaction future et ainsi rendre plus efficace la gestion des allergies alimentaires au quotidien. Et, qui sait, ces nouvelles données pourraient éventuellement déboucher sur la mise au point d’un médicament permettant d’inactiver le PAF et ainsi limiter la sévérité d’une anaphylaxie. L’espoir est permis!


[1] Un médiateur est une substance qui transmet de l’information chimique aux cellules.

[2] Gill, P. et coll. (2015). Platelets in the immune response: Revisiting platelet-activating factor in anaphylaxis. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 135(6):1424-1432. DOI 10.1016/j.jaci.2015.04.019

[3] Gill, P. et coll. (2015). Platelets in the immune response: Revisiting platelet-activating factor in anaphylaxis. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 135(6):1424-1432. DOI 10.1016/j.jaci.2015.04.019

[4] Gill, P. et coll. (2015). Platelets in the immune response: Revisiting platelet-activating factor in anaphylaxis. Journal of Allergy and Clinical Immunology, 135(6):1424-1432. DOI 10.1016/j.jaci.2015.04.019

[5] Vadas, P. et coll. (2008). Platelet-activating factor, PAF acetylhydrolase, and severe anaphylaxis. The New England Journal of Medicine, 358(1):28-35. DOI 10.1056/NEJMoa070030

[6] Vadas, P. et coll. (2008). Platelet-activating factor, PAF acetylhydrolase, and severe anaphylaxis. The New England Journal of Medicine, 358(1):28-35. DOI 10.1056/NEJMoa070030

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