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L’introduction hâtive des arachides : où en sont les recommandations?

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13 novembre 2015

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Par Katia Vermette, rédactrice.

 

Selon les recommandations canadiennes actuelles, il n’est plus nécessaire de retarder l’introduction des aliments à caractère allergène après l’âge de 4 à 6 mois [Allergies Québec]. Toutefois, si l’on se fie aux conclusions de l’étude LEAP, la consommation régulière d’arachides débutant à un très jeune âge, soit entre 4 et 11 mois, réduirait le risque de développer une allergie à cet aliment chez une population bien ciblée d’enfants dits « à haut risque ». Quels impacts ces résultats ont-ils sur les recommandations actuelles?

 

De nouvelles directives intérimaires ont été publiées

À la lumière des résultats de l’étude LEAP [2], un regroupement d’associations médicales[1] de plusieurs pays a publié il y a quelques mois des directives intérimaires qui suggèrent des recommandations à suivre concernant l’introduction des arachides chez le nouveau-né [3]. Voici en quoi consistent ces directives intérimaires :

 

1.       Les professionnels de la santé devraient recommander que les arachides soient introduites entre l’âge de 4 et 11 mois chez les enfants présentant un risque élevé de développer une allergie à cet aliment.

 

Selon l’étude LEAP, l’enfant présentant un risque élevé montre un eczéma sévère et/ou une allergie aux œufs s’étant développé entre l’âge de 4 et 6 mois. Les auteurs des directives intérimaires se sont donc basés sur ces critères pour identifier les enfants à haut risque. Mais bien que ces critères soient clairs pour vous et moi, ils sont loin de l’être pour la communauté médicale. Ainsi, de nombreuses questions se posent depuis la publication des directives intérimaires :

·         Sur quels critères les médecins doivent-ils se baser pour déterminer si un enfant présente ou non un eczéma sévère?

·         De qui faut-il obtenir un diagnostic d’eczéma sévère : d’un médecin de famille, d’un allergologue, d’un dermatologue?

·         En ce qui concerne l’allergie aux œufs, est-il nécessaire d’avoir subi un test de provocation pour établir un diagnostic afin d’être considéré à haut risque?

·         Le fait de réagir par un eczéma léger à la consommation d’œufs est-il suffisant pour considérer un enfant à haut risque? Une réaction allergique grave est-elle nécessaire?

·         D’autres facteurs (ex. : un frère ou une sœur allergique aux arachides) pourraient-ils faire en sorte qu’un enfant soit catégorisé comme étant « à haut risque »?

Que de questions qui demeurent pour le moment sans réponses...

 

2.       Les enfants à haut risque de développer une allergie aux arachides pourraient bénéficier d’une évaluation par un allergologue ou un médecin spécialisé dans la gestion des maladies allergiques. Cette évaluation permettrait au médecin de diagnostiquer une éventuelle allergie alimentaire à cet aliment et de conseiller adéquatement le parent s’il s’avère que l’introduction précoce de l’arachide soit bénéfique pour le bébé.

 

Dans un monde idéal, cette directive serait en effet l’approche à privilégier. Dans la réalité cependant, il y a fort à parier qu’une telle évaluation entraînera des délais. En effet, l’enfant aura probablement dépassé ses 4 à 11 mois de vie lorsque son risque de développer une allergie aux arachides sera finalement établi. À ce moment, les recommandations pourront-elles toujours s’appliquer chez cet enfant? Malheureusement, il s’agit encore d’une question sans réponse…

 

3.       Malgré les résultats prometteurs de l’étude LEAP, aucune indication n’a été formulée jusqu’à maintenant quant à la quantité d’arachides nécessaire pour diminuer le risque de développer une allergie à cet aliment, sur la période pendant laquelle le bébé doit consommer l’arachide ou encore sur les risques potentiels d’un arrêt prématuré de sa consommation ou d’une consommation intermittente.

 

Parce qu’elles se basent sur une étude dont la population est très ciblée (c.-à-d. enfants à haut risque) et pour laquelle les conditions sont bien précises, les directives intérimaires ne peuvent, pour le moment, être extrapolées à tous les enfants.

 

Il est à noter aussi que l’on ne parle aucunement de l’évitement de l’arachide dans les directives intérimaires. En effet, alors que l’on recommande l’introduction de l’arachide entre 4 et 11 mois de vie pour les enfants à risque élevé, on ne spécifie pas dans quelles conditions il serait préférable d’éviter complètement cet aliment.

 

Suite à la publication des directives intérimaires, la rédaction de nouvelles recommandations ciblant la prévention du développement de l’allergie aux arachides est présentement en cours. Ces recommandations devraient être disponibles au courant de la prochaine année. Ces recommandations devront décrire avec plus de précision l’enfant dit « à risque élevé », ce qui facilitera l’identification des enfants pouvant bénéficier de l’introduction précoce des arachides dans leur alimentation.

 

Où en est-on au Québec?

De plus en plus de médecins québécois recommandent depuis quelques années l’introduction précoce des aliments à caractère allergène chez les enfants. Les résultats de l’étude LEAP, et maintenant les directives intérimaires, viennent appuyer la pratique de nos médecins. Malgré tout, l’accessibilité parfois restreinte des médecins, particulièrement celle des médecins spécialistes, pourrait compliquer l’application des directives intérimaires et éventuellement des nouvelles recommandations chez nos enfants.

 

En attendant la publication de recommandations plus précises, il faudra se fier au bon jugement de nos médecins.  

 

[1] http://allergies-alimentaires.org/fr/nouveau-nes

[2] Du Toit G. et coll. Randomized trial of peanut consumption in infants at risk for peanut allergy. N Engl J Med, 26 février 2015;372(9):803-813.

[3] Fleischer D. M. et coll. Consensus communication on early peanut introduction and the prevention of peanut allergy in high risk infants. Pediatrics, septembre 2015; 136(3):600-4.


[1] Dont fait partie la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique.

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