Nouvelles

Poivron Allergies Québec

La désensibilisation pour traiter les allergies alimentaires : où nous en sommes en 2017

Publié dans : Categorie

24 avril 2017

Engagez-vous dans notre communauté et partagez cet article

Recevoir l'infolettre & Devenir membre (gratuit)

En vous inscrivant à notre Infolettre, vous recevrez une publication mensuelle sur le thème des allergies alimentaires. Recettes, témoignages, articles d'actualité, information à jour et beaucoup plus vous seront communiqués douze fois par année. Les adresses courriel ne seront pas partagées et seront utilisées uniquement par notre association.


Par Marina Parent, Stagiaire en nutrition et Stéphanie Bélisle, Coordonnatrice des formations et des services de santé chez Allergies Québec

Les allergies alimentaires sont de plus en plus courantes. Même si certains n’ont pas reçu de diagnostic officiel, pas moins de 7.5% des Canadiens rapportent qu’ils vivent une allergie alimentaire[1]. Si l’on se fie à ce pourcentage, les allergies alimentaires affecteraient plus de 2.5 millions de Canadiens. 

Naturellement, les individus diagnostiqués et leurs familles se questionnent sur les traitements disponibles et sont souvent bien déçus par le peu d’options qui s'offrent à eux. En effet, jusqu’à maintenant, la seule manière sécuritaire d'éviter une réaction allergique est une diète d'éviction, ce qui consiste à éliminer toutes les sources de l'allergène en question. L'épinéphrine est aussi considéré comme un traitement, quoi qu’il ne serve qu’en cas d’urgence, lorsque l’individu démontre déjà des signes d’anaphylaxie. Heureusement, plusieurs recherches se font, désormais, sur l'immunothérapie, une nouvelle forme de traitement ayant le potentiel d’améliorer la qualité de vie des individus allergiques. L'immunothérapie, aussi appelée la désensibilisation, consiste à augmenter le niveau de tolérance du système immunitaire d'un individu à une substance allergène. Cette forme de thérapie est utilisée depuis plusieurs années pour traiter les allergies saisonnières et les allergies aux piqûres d'insectes.

En ce qui concerne le traitement des allergies alimentaires, cette approche ne peut fonctionner que pour des cas de type IgE-médié (impliquant les anticorps appelés IgE). De plus, son taux de succès est plus bas pour les allergies alimentaires que pour les allergies non alimentaires, comme les allergies saisonnières. La désensibilisation est également plus difficile lorsqu'il y a présence de rhinite allergique persistante, d'asthme non contrôlé ou de dermatite atopique (eczéma). Notons aussi que les enfants et les adolescents sont plus réceptifs à ce traitement que les adultes et les personnes âgées, car leur système immunitaire s'adapte mieux.

Il existe plusieurs types d'immunothérapie : l'immunothérapie orale, l'immunothérapie sublinguale et l'immunothérapie cutanée par timbre dermique. L'immunothérapie orale est un traitement qui expose le système immunitaire à de petites quantités d’allergène alimentaire par la bouche sur une base quotidienne. Une petite dose initiale est administrée au patient (par exemple : 1/250e d'arachide), puis il y a une augmentation progressive de la dose sur plusieurs semaines jusqu'à l'obtention d'une dose d’entretien (par exemple : quelques arachides complètes). Plusieurs patients peuvent ressentir des symptômes légers comme l’urticaire, la rhinite ou le mal de ventre. Lorsque l’immunothérapie est efficace, une dose d’entretien doit être ingérée pour maintenir la protection. Une résolution définitive (tolérance soutenue) est plus rare et implique qu’aucune réaction n'est provoquée lors de l’ingestion de l’allergène. D’autre part, plusieurs études ont démontré que la désensibilisation a aussi un effet protecteur en ce qui concerne l'apparition de nouvelles allergies chez l'enfant[2].

L'immunothérapie sublinguale, aussi appelée SLIT, consiste à déposer une goutte d'allergène liquide sous la langue. La suite se déroule de la même façon que la désensibilisation orale. L'immunothérapie sublinguale est très sécuritaire, selon Dr Philippe Bégin, allergologue au CHU Sainte-Justine, et est souvent utilisée pour la désensibilisation à l'arachide. Les effets secondaires les plus communs sont l’irritation buccale ainsi que les démangeaisons au niveau du nez et de la langue.

L'immunothérapie par timbre dermique, connue sous le nom d'EPIT, fonctionne un peu comme le timbre de nicotine : il expose la peau progressivement à la dose d’allergène. L’induration (durcissement temporaire de la peau), l’enflure et les démangeaisons du site sont les principaux effets secondaires auxquels on peut s'attendre avec ce type de traitement.

La désensibilisation fait l'objet de plusieurs études en ce moment au Québec. Dr Moshe Ben-Shoshan, allergologue de l'Hôpital de Montréal pour enfants, dirige présentement une étude sur l'arachide et l'immunothérapie orale. Ses études précédentes ont démontré des résultats positifs dans 80% des cas et on prévoit des résultats similaires pour la prochaine phase de l’étude.

Dr Philippe Bégin, allergologue au CHUM et CHU Sainte-Justine, travaille présentement sur deux études cliniques qui évaluent l'efficacité et la sécurité d'un timbre dermique chez les enfants de 4 à 11 ans vivant avec une allergie à l'arachide ou au lait. Après plusieurs années de négociations, Dr Bégin prévoit ouvrir une clinique de désensibilisation à Sainte-Justine en 2017 et espère pouvoir traiter jusqu'à 150 enfants par année. 

Les personnes allergiques ne doivent pas perdre espoir, car les études préliminaires sur l'immunothérapie semblent concluantes. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez cet article : 

L’allergène porteur d’espoir, témoignage de Marie-Ève Marcil

 


Référence

Ben-Shoshan, M., Clarke, A., & Mazer, B. (2016, Octobre 19). Désensibilisation alimentaire : connaissances actuelles et directions futures. Récupéré sur L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec: http://www.allerg.qc.ca/Information_allergique/7_2_aliments.html

Boursiquot, J.-N., & Hassaine, A. (2016). Le guide complet des allergies. Québec: Édito.

Yanagida, N., Sato, S., Asaumi, T., & Ebisawa, M. (2016). Comparisons of outcomes with food immunotherapy strategies: efficacy, dosing, adverse effects and tolerance. Current Opinion Allergy Clin Immunology, 396-403.

 Graham, F. & et Bégin, P (2016) L’immunothérapie orale pour le traitement des allergies alimentaires. Récupéré sur L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec : http://www.allerg.qc.ca/Information_allergique/3_6_desensibilisation_orale.html

 

 

 


[1]  Soller, L., Ben-Shoshan, M. and coll. (2015) Adjusting for non-response bias corrects overestimates of food prevalence. Journal of Allergy & Clinical Immunology, 3(2), 291-293.

 

[2] Boursiquot, J.-N., & Hassaine, A. (2016). Le guide complet des allergies. Québec: Édito, p.279.

 

Partagez cet article:

© 2014 Allergies Québec. Tous droits réservés.

Site web et stratégie #ByHoffman et Substance Stratégies