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Poivron Allergies Québec

Tout savoir sur le désensibilisation

Publié dans : Categorie

25 janvier 2014

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Par Katia Vermette, rédactrice pour L'appui et le beau temps

L'histoire

Émile est un petit garçon de 5 ans tout à fait normal en apparence. Alors qu'il a seulement 2 ans, on apprend à ses parents qu'il est allergique au lait, aux œufs et aux arachides. On lui prescrit un auto-injecteur d'épinéphrine et une diète spéciale dans laquelle on lui interdit strictement tout produit contenant ou étant fabriqués dans des usines qui utilisent du lait, des œufs ou des arachides. Pour Émile, qui est demeuré tout à fait normal en apparence, tout va bien. Pour ses parents par contre, la vie vient de basculer... Certes, il est relativement facile de modifier la diète d'Émile afin de diminuer les risques de réaction allergique. Mais ce risque demeure bel et bien réel malgré tous les efforts et hante de manière constante les parents d'Émile. L'ombre omniprésente de l'allergie alimentaire sévère, à laquelle on associe immanquablement le risque de décès par anaphylaxie flotte en permanence au-dessus de la tête des parents d'Émile.

Cette histoire vous est familière?

Depuis quelques décennies, le nombre de cas d'allergies alimentaires ne cesse d'augmenter dans les pays industrialisés [1]. Les seuls traitements actuellement disponibles sont l'évitement complet de l'allergène et l'injection d'épinéphrine en cas d'exposition accidentelle [2]. La recherche est cependant très active sur le sujet. Plusieurs études ont mis en lumière l'efficacité possible de nouvelles thérapies très prometteuses. Parmi celles-ci, on retrouve notamment l'immunothérapie par voie orale, qui fait de plus en plus jaser dans la communauté. Voyons donc plus en détail en quoi consiste cette technique.

L'immunothérapie dans le traitement des allergies alimentaires

Elle vise à désensibiliser le système immunitaire d'un sujet allergique à un ou à plusieurs allergènes. Parce que l'immunothérapie a fait ses preuves depuis longtemps dans le traitement des allergies respiratoires (pollen, acariens, animaux) [3], les chercheurs ont voulu transposer la technique dans le cas d'allergies alimentaires. Ce ne fut cependant pas chose facile, et ce, pour plusieurs raisons. Par exemple, l'allergie à un aliment provoque souvent des symptômes plus sévères que l'allergie au pollen ou aux acariens, pouvant aller jusqu'à l'anaphylaxie. L'allergie alimentaire est aussi souvent multiple, c'est-à-dire qu'un sujet peut réagir à plus d'un aliment. Ainsi, l'immunothérapie dans le cas d'allergies alimentaires devient complexe, parce qu'on veut assurer non seulement l'efficacité du traitement, mais également la sécurité des sujets. Chose complexe certes, mais pas impossible!

C'est l'immunothérapie par voie orale, aussi connue sous le terme désensibilisation, qui est la plus étudiée actuellement dans le cas d'allergies alimentaires. Dans le cadre de ces études, les sujets doivent prendre par la bouche de petites quantités d'un allergène alimentaire auquel ils sont allergiques. Cet allergène est préparé sous la forme d'une mixture de poudre de protéines mélangée à un véhicule sécuritaire, le plus souvent de la compote de pommes [4]. Au cours du processus d'immunisation, le sujet est exposé à une dose quotidienne d'un allergène jusqu'à ce que son système immunitaire puisse le tolérer sans montrer de symptômes de réaction allergique. Par la suite, on augmentera la dose toutes les 2 à 4 semaines jusqu'à ce que l'on atteigne un dosage assez élevé qui permettra de protéger le sujet d'une exposition accidentelle à l'allergène. Si tout se passe bien, le sujet sera désensibilisé à l'allergène au terme du traitement, dans la mesure où il continue de consommer l'allergène en question sur une base quotidienne. C'est ce que l'on appelle une dose de maintien.

Le but ultime de l'immunisation est d'induire un état de tolérance à l'allergène, que l'on définit dans le cas de l'allergie alimentaire comme le fait qu'une personne puisse consommer un aliment (allergène) sans ressentir les symptômes d'une réaction allergique, et ce, dans les semaines, les mois ou même les années suivant l'arrêt de l'exposition régulière à l'allergène [4]. Les études cliniques portant sur l'immunothérapie par voie orale n'ont pour le moment pas été en mesure de démontrer cet état de tolérance. Cependant, elles ont su mettre en évidence un état de désensibilisation, c'est-à-dire que le sujet traité peut tolérer une certaine quantité de l'allergène, par exemple lors d'une exposition accidentelle, à condition que l'organisme soit exposé à cet allergène sur une base régulière via une dose de maintien [4]. Ainsi, si le sujet cesse sa dose de maintien sur une période prolongée, il y a de fortes chances qu'il redevienne allergique.

Ce qui est prometteur avec l'immunothérapie par voie orale, c'est qu'on a pu démontrer au cours des études cliniques que le traitement modifiait la réponse immunitaire de l'organisme à l'allergène. Suite aux traitements d'immunothérapie, les chercheurs ont entre autres mis en évidence une diminution du taux d'IgE et une augmentation du taux d'IgG4 [1]. On se rappellera que les IgE reconnaissent les substances étrangères, comme les allergènes, en entraînant la relâche d'histamine dans l'organisme, ce qui provoque une inflammation caractéristique de la réaction allergique [5]. De leur côté, les IgG4 compétitionnent avec les IgE et préviennent la relâche d'histamine [5]. Ainsi, ce changement au niveau immunitaire prouve, dans une certaine mesure, l'efficacité prometteuse de l'immunothérapie par voie orale.


Bientôt dans une clinique près de chez vous?

Des efforts considérables sont présentement mis en recherche pour faire progresser le développement de stratégies visant le traitement des allergies alimentaires. Les études réalisées jusqu'à présent ont permis aux scientifiques de mieux comprendre les mécanismes immunologiques liés aux allergies alimentaires, mais les preuves de l'efficacité et de la sécurité des différents traitements à l'étude ne sont pas encore claires. Les traitements d'immunisation aux allergènes alimentaires sont présentement encadrés par des protocoles cliniques très stricts et ces études sont majoritairement effectuées aux États-Unis. Pour toutes ces raisons, l’immunisation par voie orale n'est pas encore reconnue comme standard dans le traitement des allergies alimentaires et l'approche n'est pas approuvée par les autorités réglementaires du Canada. Il faudra attendre encore quelques années afin que soient publiés des résultats probants prouvant que l'immunothérapie par voie orale est efficace et sécuritaire dans le traitement des allergies alimentaires. En attendant, il est encore recommandé d'éviter l'allergène et de garder sur soi en tout temps un auto-injecteur d'épinéphrine...




[1] Land M H et coll. Oral Desensitization for Food Hypersensitivity Immunol Allergy ClinNorth Am. Mai 2011;31(2):367-376.

[2] Sinclair J. Fatal Food Allergy and Opportunities for Risk Minimization N Z Med J. 31 mai 2013;126(1375):99-101.

[3] Association des allergologues et immunologues du Québec. L'immunothérapie.- http://www.allerg.qc.ca/Information_allergique/2_4_immunotherapie.html(site consulté le 30 septembre 2013).

[4] Henson M et Burks W. The Future of Food Allergy Therapeutics Semin Immunopathol. Septembre 2012;34(5)703-714.

[5] Brock E Recent Findings in Food Allergy Research adeau Laboratory, Stanford School of Medicine, Janvier 2013.- http://foodallergies.stanford.edu/about_us/pdf/foodallergyresearchA.pdf. (site consulté le 30 mai 2013).

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